Fred Kariankei et la lutte contre l’élite de la conservation au Kenya

Fred Simiren Kariankei, un défenseur des droits fonciers de la communauté indigène masaï du sud du Kenya, n’avait jamais imaginé que la défense des terres de son peuple le conduirait en prison. Mais en 2021, lorsqu’il a dénoncé ce qu’il considérait comme une trahison systématique de la part de l’élite kenyane de la conservation, la Maasai Mara Wildlife Conservancies Association (MMWCA), les représailles n’ont pas tardé.

Aujourd’hui, son histoire et sa bataille juridique révèlent la violence structurelle inhérente à la lutte entre les droits fonciers autochtones et le pouvoir institutionnel.


Une transaction foncière secrète à l’insu de la communauté

Le conflit a commencé en 2018, lorsque les terres de la zone de conservation de Lemek – précédemment louées à l’armée – ont été renouvelées. Cette fois, le renouvellement s’est transformé en une vente secrète.

La communauté pastorale indigène masaï a demandé l’aide de la Commission nationale des terres (NLC) et de la Direction des enquêtes criminelles (DCI). Elle pensait que ces organismes protégeraient ses droits. Au lieu de cela, ils ont découvert par la suite que ces deux institutions étaient complices du transfert de terres.

L’accord a été conclu en secret, dans le bureau du commissaire de district, à l’insu et sans le consentement des propriétaires terriens indigènes.


Le pouvoir croissant de la MMWCA sur les terres des Maasai

Créée en 2013, la MMWCA coordonne des dizaines de conservatoires privés dans le comté de Narok, transformant des terres masaï en zones exclusives pour la faune et la flore. Sous la bannière de la conservation – une priorité nationale – l’influence de la MMWCA s’est accrue.

Alors que la MMWCA promeut publiquement le « partenariat communautaire », les réalités sur le terrain suggèrent que son modèle restreint les droits des peuples autochtones à décider de l’utilisation et de la gestion de leurs terres.


Le silence face à l’augmentation des conflits entre l’homme et la faune

En 2020, les conflits entre l’homme et la faune sauvage se sont multipliés dans la région de Maasai Mara. Les communautés ont demandé de l’aide à l’association MMWCA, mais celle-ci est restée silencieuse.

Au milieu de ce silence, Fred a pris des initiatives. Par l’intermédiaire de son organisation, la Mara Isinya Conservancy, il a obtenu des fonds pour protéger 4 000 acres de terres communautaires. Mais la MMWCA a insisté pour servir d’intermédiaire financier, une condition que Fred a acceptée à contrecœur.

Lors d’une visite de la réserve, la MMWCA a présenté des conditions douteuses pour son soutien : un bail foncier de 25 ans. bail foncier de 25 ans imposé à 300 ménages indigènes. Elle a même fait venir un avocat pour faire pression sur la communauté. Fred a mis en garde les habitants :

« Un bail de 25 ans nécessite un consentement.


Coercition et représailles

Le MMWCA a alors conditionné son soutien financier à la signature de l’accord :

« Nous n’avons pas le temps. Nous ne sommes pas là pour forcer les gens… si vous voulez de l’argent, signez l’accord. »

De nombreux membres de la communauté, confrontés au désespoir et à un accès limité à l’information, ont signé sans en comprendre les conséquences.

Lorsque Fred a fait part de ses préoccupations à la MMWCA et qu’il n’a reçu aucune garantie, il s’est adressé aux donateurs. Personne ne l’a écouté.

En représailles, la MMWCA a gelé les fonds de conservation de 4 000 acres, punissant ainsi Fred pour s’être exprimé.


La lutte en ligne et le coût de la vérité

Désespéré, Fred s’est tourné vers les médias sociaux. Il a accusé la MMWCA de corruption, de coercition et d’atteinte aux droits fonciers. Il a également dénoncé les allégations de népotisme et d’exploitation sexiste au sein de la direction de l’association.

L’un de ses tweets se lit comme suit :

« Une bombe à retardement ! Dans le Maasai Mara… les conservatoires ont spolié plus de 15 000 Maasai indigènes de leurs terres en utilisant des procurations pendant 25 ans. 150 000 acres ne sont plus entre les mains des propriétaires terriens, sans qu’ils le sachent ».

Les tweets ont attiré l’attention et ont eu des conséquences.

Fred a été arrêté, détenu pendant deux jours au poste de police de Mulot, puis transféré au poste de police de Narok. Un magistrat lui a accordé une prolongation de sept jours au motif qu’il risquait de s’enfuir. Il a finalement été libéré contre une caution de 30 000 KES et contraint de se présenter chaque semaine à la police.


Deux procès simultanés

À la fin de l’année 2023, Fred était confronté à deux affaires civiles devant la Haute Cour du Kenya :

  • Maasai Mara Wildlife Conservancies Association vs. Fred Simiren Ole Kariankei

    Affaire n° E002 de 2023 – La MMWCA a cherché à valider les baux fonciers de 25 ans.

  • Ole Sopia vs. Fred Simiren Ole Kariankei

    Affaire n° E003 de 2023 – un procès en diffamation.

Les deux affaires ont traîné pendant près d’un an avant d’être discrètement classées.


Criminalisation continue et impact personnel

Alors que les procédures judiciaires reprennent en mai 2025, la criminalisation a gravement affecté les moyens de subsistance de Fred. Mis à l’index dans les milieux de la protection de la nature, il lutte pour subvenir aux besoins de sa famille.

Le bilan psychologique est lourd. La famille vit dans la peur dans sa propre maison à Lemek, tandis que les ressources de la conservation – destinées à bénéficier à la communauté – restent inaccessibles en raison des représailles structurelles.

La communauté est laissée sans représentation, les tribunaux étant utilisés pour punir et intimider les défenseurs.


Une bataille morale pour la dignité et la justice

Pour Fred, cette lutte est bien plus importante qu’un procès. Il déclare :

« La défense des droits fonciers est en moi. J’ai toujours cru qu’il fallait se battre pour ce qui est juste. Il n’est pas question de s’arrêter.

Son histoire révèle une vérité dérangeante :

La conservation n’est plus seulement une question de faune et de flore, mais aussi de pouvoir, de terre et de survie.

La conservation sans consentement est une dépossession déguisée.


Soutien du Fonds de défense juridique et de sanctuaire (LDSF)

Le Fonds de défense juridique et de sanctuaire (LDSF) de l’IPRI a soutenu Fred Simiren en lui assurant une défense juridique adéquate et en couvrant ses besoins essentiels.

Ce soutien lui permet de continuer à défendre les droits fonciers et à plaider en faveur d’un modèle de conservation fondamentalement différent de celui imposé par les élites puissantes – un modèle qui respecte les droits des peuples autochtones.

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