L’organisation Indigenous Peoples Rights International (IPRI) exprime sa solidarité avec les peuples autochtones Turkana du Kenya, dont les droits à leurs terres et territoires, à leur culture, à leur santé et à l’autodétermination sont gravement menacés par un processus d’acquisition obligatoire de terres mené par la Commission nationale des terres du Kenya en vue d’étendre l’exploitation pétrolière sur les terres Turkana.
Le processus actuel d’acquisition obligatoire – entrepris sans véritable consentement préalable, libre et éclairé (FPIC) – viole les droits des peuples Turkana à leurs terres ancestrales et à l’autodétermination. Il risque également d’intensifier les dommages environnementaux et sociaux déjà constatés dans la région. Les avantages promis en matière de développement ne se sont pas concrétisés pour les communautés. Au contraire, les fonds destinés aux habitants autochtones auraient été détournés par les autorités locales, laissant les communautés autochtones avec des avantages minimes tout en supportant l’intégralité des coûts de l’extraction.
Du pétrole a été découvert en 2012 dans le bassin de Lokichar, dans le comté de Turkana, une région traditionnellement gérée par des communautés pastorales autochtones. Ce qui était présenté comme une étape importante pour le développement national s’est transformé en une lutte pour la terre, la dignité et la survie des habitants ancestraux de ces territoires.
Depuis le début, l’extraction pétrolière au Turkana a progressé sans respecter les droits du peuple Turkana ni son FPIC, en violation des normes internationales et régionales pertinentes en matière de droits de l’homme, notamment la déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, la jurisprudence de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, ainsi que les observations et recommandations des organes de surveillance des traités et des procédures spéciales des Nations unies.
Depuis le début de l’extraction, les communautés ont subi des dommages graves et constants :
- Contamination toxique: Le stockage et la manipulation inadéquats des déchets pétroliers ont entraîné le ruissellement de produits chimiques dans les sources d’eau utilisées par les communautés et le bétail, créant ainsi des risques importants pour la santé et l’environnement.
- Perte de pâturages: Le pastoralisme traditionnel, qui est au cœur de la culture, de la sécurité alimentaire et de l’identité des Turkanas, a été perturbé par la transformation des routes de pâturage et des terres communales en infrastructures d’extraction.
- Dépossession et compensation inadéquate: Les familles ont perdu l’accès non seulement à la terre, mais aussi aux points d’eau, aux couloirs de pâturage et aux ressources traditionnelles, et n’ont souvent reçu qu’une compensation insuffisante, voire inexistante.
Malgré les protections constitutionnelles et légales des terres communautaires, les fonds de compensation destinés aux propriétaires terriens autochtones locaux auraient été détournés, sapant les garanties légales et renforçant la méfiance de la communauté.
Plutôt que de remédier à ces préjudices, les autorités mettent en place un nouveau processus d’acquisition obligatoire de terres (avis de la Gazette n° 14647 de 2025 (CXXVII-No. 209, daté du 9 octobre 2025)) affectant des terres officiellement enregistrées comme terres communautaires appartenant aux peuples autochtones du Turkana en vertu de l’article 63(2) de la Constitution du Kenya et de l’article 2 de la loi sur les terres communautaires (Cap. 287). Procéder à l’acquisition obligatoire de terres communautaires titrées sans véritable CLIP est contraire à la Constitution du Kenya et à ses obligations internationales en matière de droits de l’homme.
Les membres des communautés et les défenseurs qui cherchent à obtenir des comptes ont fait l’objet de menaces, de harcèlement et d’intimidations. Ceux qui s’inquiètent des atteintes à l’environnement et des violations des droits fonciers ont été soumis à des pressions et ciblés, ce qui a créé un climat de peur qui compromet la sécurité des défenseurs des droits fonciers autochtones.
L’IPRI lance un appel:
Le gouvernement du Kenya doit:
- Mettre fin immédiatement à l’acquisition obligatoire de terres autochtones sans véritable CLIP.
- Garantir une surveillance environnementale indépendante en coopération avec les communautés indigènes concernées et une remise en état complète des sites contaminés.
- Mettre en place des mécanismes de partage des bénéfices transparents, dirigés par les communautés et conformes à la législation.
- Adopter et garantir la reconnaissance juridique et la protection des droits des peuples autochtones sur les terres, les territoires et les ressources naturelles.
- Adopter et mettre en œuvre des mesures visant à protéger les défenseurs autochtones des droits fonciers, enquêter sur les actes d’intimidation et engager des poursuites.
Les partenaires internationaux, les investisseurs et les agences de développement impliqués dans le projet:
- Mener et faire respecter une diligence raisonnable accrue en matière de droits de l’homme, conformément aux normes internationales.
- Adopter une politique claire et applicable de tolérance zéro pour les violations des droits de l’homme
La situation au Turkana reflète un schéma mondial plus large dans lequel les projets d’extraction progressent dans le cadre de récits de développement tandis que les droits des autochtones, l’intégrité écologique et le bien-être des communautés sont mis à l’écart.
Le respect des droits des peuples autochtones n’est pas facultatif. Il s’agit d’une obligation légale et d’une condition préalable à la justice, à la durabilité et à une paix durable.
Photo: Turkana Indigenous Peoples Action for Development (Action des peuples autochtones du Turkana pour le développement)
