Crédit photo : Réseau des peuples autochtones de Thaïlande (NIPT).
Les populations indigènes et les communautés vivant dans les forêts se sont rassemblées devant la mairie provinciale de Chiang Mai pour exiger la modification des lois forestières qui affectent les communautés vivant dans les forêts.
Le vice-premier ministre Prasert Chantawongthong a rencontré les manifestants et a écouté leurs différentes propositions.
Deux des onze chefs de communautés vivant dans la forêt qui ont prononcé des discours devant le siège du gouvernement ont déjà été poursuivis. La police n’a pas autorisé les manifestants à s’approcher à moins de 50 mètres du siège du gouvernement.
M. Kriengkrai Cheechuang. Onze défenseurs des droits des communautés forestières et des droits des autochtones qui ont été poursuivis en justice se sont présentés au poste de police de Dusit. M. Kriangkrai Cheechuang s’est dénoncé lui-même et a brandi un symbole s’opposant à la réduction au silence de la population par l’État.
La lutte des peuples autochtones en Thaïlande
La lutte des peuples autochtones de Thaïlande pour la reconnaissance de leurs territoires ancestraux a atteint un moment critique. Fin 2024 et début 2025, des milliers de communautés autochtones se sont mobilisées pour résister à une nouvelle législation qui menace de les déposséder de leurs territoires au nom de la conservation.
Ce qui a commencé comme des manifestations pacifiques à grande échelle a maintenant conduit à des accusations criminelles contre 11 leaders indigènes et défenseurs des droits de l’homme.
Peuples autochtones de Thaïlande
En Thaïlande, 46 groupes ethniques s’identifient comme des peuples autochtones sur plus de 60 groupes ethniques enregistrés dans la base de données du gouvernement, avec une population totale de plus de 4 millions de personnes, soit environ 7 % de la population thaïlandaise.
Actuellement, la Thaïlande a adopté la loi sur la protection et la promotion du mode de vie des groupes ethniques (Protection and Promotion of the Way of Life of Ethnic Groups Act), B.E. 2568 (2025), qui reconnaît officiellement le terme « groupes ethniques ». Toutefois, cette loi ne contient aucunement le terme « peuples autochtones » et ne garantit pas la reconnaissance des terres et la protection des modes de vie des peuples autochtones, qui sont menacés par l’extractivisme et la conservation coloniale.
Le cabinet thaïlandais a approuvé deux décrets royaux
Le 15 novembre 2024, le cabinet thaïlandais a approuvé deux décrets royaux visant à résoudre les conflits d’utilisation des terres dans les zones forestières protégées. Présentés comme des mesures de conservation conformes à la loi sur les parcs nationaux et à la loi sur la préservation et la protection de la faune et de la flore, ces décrets restreignent en fait les droits des communautés autochtones et locales sur leurs terres ancestrales.
Pour plus de 3 000 communautés indigènes à travers le pays, cela s’est traduit par des restrictions accrues en matière de participation à la gestion des ressources naturelles et par des menaces imminentes de déplacement.
Mobilisations massives
Les décrets ont déclenché des mobilisations massives. Le 29 novembre 2024, plus de 5 000 indigènes, sous la bannière de l' »Assemblée communautaire des personnes vivant avec les forêts », se sont rassemblés pour exiger des modifications.
Un protocole de discussion a été signé entre le vice-premier ministre Prasert Chantaruangthong et des représentants autochtones, promettant de répondre aux préoccupations des communautés. Toutefois, aucun autre progrès n’a été réalisé.
La frustration s’est accrue lorsque les agences gouvernementales ont continué à étendre les zones protégées sans consultation adéquate ni participation formelle.
Du 24 mars au 1er avril 2025, plus de 10 000 manifestants indigènes se sont rassemblés au siège de la province de Chiang Mai, exigeant que le gouvernement inscrive leurs préoccupations à l’ordre du jour du conseil des ministres.
Le 1er avril 2025, alors que le gouvernement se réunissait à Bangkok, plus d’une centaine de dirigeants autochtones ont manifesté devant le siège du gouvernement. Un deuxième accord a été signé, mais le manque de suivi de la part du gouvernement a suscité la méfiance.
Criminalisation des dirigeants autochtones
Le dialogue a été remplacé par la répression.
En mai 2025, 11 dirigeants autochtones et défenseurs des droits humains qui avaient participé à la manifestation de Bangkok ont reçu des convocations du poste de police de Dusit. Ils ont été inculpés en vertu de la loi sur les rassemblements publics, accusés d’avoir violé les lois régissant les manifestations pacifiques.
Le 26 mai 2025, les dirigeants se sont conformés aux ordres de la police et leur dossier a été transmis au procureur général pour complément d’enquête.
Il s’agit là d’un cas évident de criminalisation, où les mécanismes juridiques sont utilisés pour réduire au silence et intimider les défenseurs qui agissent au nom de leurs communautés.
Charges financières et juridiques
Les 11 dirigeants sont confrontés à des difficultés financières et juridiques, car ils doivent constamment se rendre à Bangkok pour témoigner et assister aux audiences. La plupart d’entre eux sont issus de milieux ruraux, marginalisés et disposent de ressources limitées.
Sans soutien, ils risquent des procès inéquitables, l’absence d’une représentation juridique adéquate et une éventuelle incarcération.
Leur criminalisation a un effet dissuasif sur les mouvements indigènes plus larges, menaçant la légitimité de l’action collective et affaiblissant la résistance de la communauté aux politiques injustes.
Le Fonds de défense juridique et de sanctuaire (LDSF) est mobilisé
Le Fonds de défense juridique et de sanctuaire (LDSF) est mobilisé pour couvrir les frais juridiques, les frais de voyage, les frais d’hébergement et les frais de communication des dirigeants.
Les organisations de la société civile thaïlandaise, notamment le Centre pour la protection et la renaissance des droits des communautés locales, P-Move, le Comité de coordination des ONG et le Réseau des médias indigènes, sont également engagées dans des actions de plaidoyer, de négociation et de communication pour soutenir l’accusé.
Une tendance mondiale inquiétante
Ce cas est emblématique d’un schéma mondial inquiétant dans lequel les politiques de conservation sont utilisées comme des instruments de dépossession, restreignant les droits et criminalisant les peuples autochtones.
La persécution des dirigeants autochtones en Thaïlande met en lumière non seulement la résilience et le courage de ceux qui défendent les territoires ancestraux, mais aussi l’urgence d’établir des garanties plus solides contre le harcèlement judiciaire et la criminalisation des manifestations pacifiques.
Une lutte pour la reconnaissance, la dignité et la justice
L’affaire des 11 dirigeants autochtones et défenseurs des droits de l’homme inculpés en Thaïlande est plus qu’une bataille juridique ; c’est une lutte pour la reconnaissance, la dignité et la justice.
Les poursuites dont ils font l’objet mettent en évidence la fragilité des engagements pris par les gouvernements et la répression systématique à laquelle sont confrontés les mouvements indigènes.
La solidarité internationale, le soutien juridique et le plaidoyer sont essentiels pour garantir que les voix des peuples autochtones, dans leur lutte pour la reconnaissance de leurs territoires ancestraux et le respect de leur droit à l’autodétermination, ne soient pas réduites au silence.
