À la croisée des chemins : Centrer les droits des peuples autochtones dans la transition énergétique juste

Intervention lors du panel : Promouvoir la transition juste en temps de crise

Forum BHR de l’ONU, 25 novembre 2025

Par Joan Carling

L’industrie des énergies renouvelables est à la croisée des chemins : non seulement elle construit l’infrastructure de notre futur système énergétique mondial, mais elle a également le potentiel de contribuer à un ordre économique mondial plus équitable grâce à une transition énergétique respectueuse des droits, dans laquelle les peuples autochtones doivent jouer un rôle de premier plan.

Si l’on veut que la possibilité d’une transition juste se concrétise, l’engagement du secteur privé et de l’État en faveur des droits des peuples autochtones et des modèles commerciaux transformateurs conçus pour assurer une prospérité partagée pour et avec les peuples autochtones n’est pas négociable. Ces modèles doivent s’aligner sur les priorités déterminées par les peuples autochtones. Le Business and Human Rights Resource Center (BHRRC) et mon organisation, Indigenous Peoples Rights International, ont documenté des exemples de partage des bénéfices et de copropriété avec les peuples autochtones au Canada, en Nouvelle-Zélande, en Australie et ailleurs. Il est essentiel que le secteur privé et les États s’engagent à respecter les trois principes clés de la transition énergétique juste : la prospérité partagée, la diligence raisonnable des entreprises en matière de droits de l’homme et l’équité des négociations et des accords. Pour cela, ils doivent s’engager à respecter des processus et des pratiques de base qui reconnaissent les PA comme des partenaires égaux dans la négociation, la conception et la mise en œuvre des projets, qui garantissent le respect de leurs droits, y compris le droit au consentement préalable, libre et éclairé (FPIC), et qui valorisent les connaissances, l’expérience, la gouvernance et les processus décisionnels des PA. Cela constitue une base essentielle pour des modèles de partenariat transformateurs en vue d’une transition énergétique véritablement juste.

Les principales entreprises du secteur des énergies renouvelables prennent des mesures importantes pour rompre avec la trajectoire des injustices historiques associées aux industries basées sur la terre. La dernière édition de l’étude 2025 Renewable Energy Benchmark du BHRRC, publiée cet automne, a révélé qu’en dépit des vents contraires politiques et financiers, le secteur fait des progrès dans l’amélioration de ses politiques et pratiques fondamentales en matière de droits de l’homme :

Cependant, certaines lacunes cruciales subsistent :

Seules deux entreprises sur vingt-deux ont mis en place des politiques suffisantes concernant les droits des populations autochtones, et une seule dispose d’une politique sur le consentement préalable, libre et éclairé (FPIC).

Bien qu’il y ait eu une nette amélioration dans l’engagement significatif avec les communautés, les entreprises doivent progresser dans les accords de partage des bénéfices qui permettront d’obtenir des résultats tangibles pour les communautés.

L’approvisionnement responsable en minerais reste une pratique naissante ; seuls un fabricant de panneaux solaires et trois fabricants d’éoliennes ont mis en place des politiques suffisantes.

Aucune entreprise de l’étude de référence ne publie actuellement l’intégralité de sa chaîne d’approvisionnement en produits solaires, ce qui est un élément essentiel pour réduire le risque d’exposition au grave problème du travail forcé dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang (XUAR), comme l’ont indiqué les experts des Nations unies.

Malgré les progrès réalisés dans les politiques relatives aux défenseurs des droits de l’homme, d’importantes lacunes subsistent dans la mise en œuvre, car nous continuons d’enregistrer des attaques contre les défenseurs des droits de l’homme dans tous les sous-secteurs des énergies renouvelables, les défenseurs des droits de l’homme autochtones étant les plus touchés. Nous avons besoin de progrès plus substantiels et décisifs dans ces quatre domaines clés :

Approvisionnement responsable en minerais, respect des droits des peuples autochtones, engagement en faveur d’une prospérité partagée et respect et protection des défenseurs des droits de l’homme.

Permettez-moi également de rappeler que l’accord de la COP30 sur le programme de travail de la transition juste a adopté un langage affirmatif sur les peuples autochtones, qui déclare :  » L’importance des droits des peuples autochtones et de l’obtention de leur consentement libre, préalable et éclairé conformément à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, et l’importance de veiller à ce que toutes les voies de transition juste respectent et promeuvent les droits collectifs et individuels internationalement reconnus des peuples autochtones, y compris le droit à l’autodétermination, et reconnaissent les droits et protections des peuples autochtones en situation d’isolement volontaire et de premier contact, conformément aux instruments et principes internationaux pertinents en matière de droits de l’homme ». Nous attendons des États, des entreprises du secteur de l’énergie et des investisseurs qu’ils modifient leurs relations avec les peuples autochtones en mettant en œuvre cet accord. Nous vous remercions de votre attention.

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