Le gouvernement indien arrête et réduit au silence des militants autochtones opposés aux barrages. Indigenous Peoples Rights International (IPRI) exprime sa vive inquiétude face à la violation des droits et libertés fondamentaux des militants autochtones en Arunachal Pradesh. Protester et appeler à « No More Dams » constitue un exercice de la liberté d’expression consacrée par l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et d’autres instruments relatifs aux droits humains. Il est alarmant que le fait d’exprimer des préoccupations concernant des méga-barrages motivés par des intérêts commerciaux, susceptibles d’avoir des impacts néfastes sur les terres, la vie, les territoires et les ressources des peuples autochtones, soit traité comme un acte criminel. Le 8 juillet 2024, la police d’Arunachal Pradesh a arrêté, détenu et réduit au silence des militants autochtones opposés aux barrages alors que l’État accueillait le ministre fédéral de l’Énergie. Ebo Mili, avocat autochtone et éminent militant anti-barrage, ainsi que Dunge Apang, coordinateur du Siang Indigenous Farmers Forum (SIFF), ont été interpellés et retenus pendant plus de 10 heures. Ils ont été libérés après avoir été contraints de signer un accord les engageant à ne pas participer à des manifestations ou à toute activité susceptible de « troubler l’ordre public ». L’accord signé était intitulé « Bond to Keep the Peace ». La violation de cet accord leur coûterait 50 000 roupies. Les deux militants devaient remettre un document de position du SIFF, de Dibang Resistance et de Northeast Human Rights (NEHR) concernant la question des barrages hydroélectriques au ministre fédéral de l’Énergie, Manohar Lal Khattar, au Secrétariat d’Itanagar. Cependant, avant que la rencontre n’ait lieu, la police d’Itanagar les a convoqués et détenus dans un commissariat de la capitale de l’État. Des collègues et amis de Mili et Apang ont accusé les autorités de les harceler inutilement en limitant leur droit démocratique de mener une protestation pacifique. Des organisations basées en Arunachal Pradesh telles que le SIFF, Dibang Resistance et le NEHR s’inquiètent des méga-barrages prévus dans la région. Elles souhaitaient présenter un exposé au ministre de l’Énergie afin d’exhorter le ministère à reconsidérer sa position consistant à promouvoir davantage de barrages dans l’État. En outre, elles appellent le gouvernement indien à modifier la politique hydroélectrique de l’État d’Arunachal Pradesh de 2008 afin de mieux servir les intérêts de la population locale, plutôt que ceux des sociétés transnationales et des entreprises orientées vers le profit. Leur position précise en outre que « plutôt que des méga-projets, le gouvernement indien devrait explorer des solutions énergétiques alternatives en adéquation avec le contexte écologique unique de l’État ». Les préoccupations concernant les méga-barrages en Arunachal Pradesh se sont intensifiées après l’approbation par le gouvernement central du projet polyvalent de Dibang (2 880 MW), du projet hydroélectrique d’Etalin (3 097 MW) et du projet de stockage polyvalent de Siang (11 000 MW). La communauté Idu-Mishmi et d’autres ont organisé de nombreuses manifestations pour exprimer leur opposition à ces projets. Ebo Mili est originaire de la communauté autochtone Idu-Mishmi et il s’agit de sa troisième arrestation en raison de sa campagne contre les barrages. Il avait été arrêté pour la première fois le 28 mars 2022 avec l’artiste graffeur et illustrateur Neelim Mahanta.[1] Tous deux avaient été arrêtés pour avoir peint les mots « No more dams » et un poing levé sur le mur d’enceinte du secrétariat civil de l’État à Itanagar. Le 29 mars 2022, Mili et Mahanta ont été libérés sous caution et un tribunal leur a ordonné de repeindre la partie du mur qu’ils avaient recouverte.[2] Ils ont été inculpés en vertu de la loi de 1984 sur la prévention des dommages aux biens publics. Le 12 août 2023, Ebo Mili, avec Mejo Mihu, a été détenu par la police pour avoir organisé une manifestation pacifique devant une salle de banquet à Itanagar, où le gouvernement procédait à la signature de protocoles d’accord (MoA) avec des entreprises du secteur public (PSU) afin de relancer 12 projets hydroélectriques à l’arrêt. Ils ont été arrêtés alors qu’ils distribuaient des tracts portant le message « No More Dams » et exposant des revendications publiques, en protestation contre la signature de ces accords entre le gouvernement de l’État et des entreprises hydroélectriques publiques pour 12 projets en Arunachal. Ces 12 projets hydroélectriques représentent une capacité d’environ 11 517 MW.[3] IPRI appelle le gouvernement indien à garantir qu’ils ne seront plus arrêtés pour avoir exercé leurs droits civils et politiques. De même, le gouvernement indien devrait répondre à leurs revendications légitimes concernant les projets hydroélectriques et assurer le respect et la protection des droits des peuples autochtones. [1]. « Lawyer, artist arrested for ‘defacing’ govt mural in Arunachal with anti-dam message », Indian Express, 28 mars 2022, https://tinyurl.com/4fxmr2h4 [2]. « ‘No more dams’: A protest message painted on an Itanagar wall is making some artists see red », Scroll, 12 juillet 2022, https://tinyurl.com/2nm3eeu6 [3]. « Anti-dam activist Ebo Mili prevented from staging peaceful protest; forced to sign bond », Arunachal Times, 13 août 2023, https://tinyurl.com/mr2c75pc
