Le 13 avril, les plus de 100 participants à la conférence « Peuples autochtones et transition juste » se sont concentrés sur la discussion des modèles de prospérité partagée dans les projets d’énergie propre et des défis auxquels ils sont confrontés. Alancay Morales, responsable Entreprises et droits humains à l’IPRI, a ouvert la session en soulignant que les piliers d’une transition juste sont les droits humains, la protection sociale, des négociations équitables et la prospérité partagée. Il a également mis en avant comme éléments indispensables le soutien technique et financier, le fait que la prospérité partagée atteigne plus de 50 % des peuples autochtones et que le processus de consentement préalable, libre et éclairé soit respecté.
Matshwenyego Josephine Ntshipe, dirigeante autochtone du Botswana, a indiqué que les projets d’énergies renouvelables ont eu des impacts sur son peuple, notamment des pertes culturelles, l’absence de partage des bénéfices, et que beaucoup n’ont même pas accès à l’électricité. D’après son expérience, les bonnes pratiques consistent à disposer d’un groupe de plaidoyer solide, à former les communautés et à exiger des lois qui protègent leurs droits. Elle a également souligné qu’aucun projet ne devrait être autorisé à avancer sans avoir respecté le consentement préalable, libre et éclairé, et que la propriété autochtone des projets énergétiques devrait être renforcée.
Isabel Cuxé Prir, femme maya du Guatemala appartenant à l’organisation Madreselva, a présenté son expérience avec des mini-centrales hydroélectriques communautaires. Avec six microcentrales construites pour un bénéfice collectif et social, elle a expliqué que ce projet a contribué à dynamiser l’activité économique, à améliorer l’éducation et la santé, et à autonomiser la communauté, tout en n’utilisant que 15 % du débit des rivières. Elle a mentionné que favoriser la participation des femmes en tant que partenaires et les former a constitué un défi. Parmi les enseignements, elle a souligné l’importance de prioriser les projets fondés sur l’organisation communautaire et impliquant un plus grand nombre d’usagers, de renforcer les études préalables et de compter sur un accompagnement juridique ainsi qu’une formation continue.
Monica Paradise, de Tribal Liaison Western Region – Alliance for Tribal Clean Energy, a indiqué qu’il n’existe pas de définition unique de la transition juste. D’après son expérience, les projets d’énergie propre détenus par des peuples autochtones ont permis de maintenir des écosystèmes sains et de soutenir d’autres initiatives communautaires, tout en contribuant à guérir les traumatismes historiques grâce à la création d’emplois et à la fourniture de services essentiels. « C’est une opportunité d’être des moteurs du changement », a-t-elle souligné.
James Jenkins, directeur exécutif de Indigenous Clean Energy Canada, a noté que les projets énergétiques externes ont entraîné des déplacements et une perte de patrimoine pour les peuples autochtones. Dans le nouveau contexte, la participation autochtone aux projets d’énergie propre — solaire, éolien, hydroélectrique, biomasse, logements efficaces et stockage d’énergie — a atteint 20 % au Canada. Dans ce cas, l’impulsion de ces projets provient de financements fédéraux et d’une législation provinciale favorable.
Pichamon Yeophantong, du Groupe de travail des Nations Unies sur les entreprises et les droits de l’homme, a présenté les Principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme.
Melina Laboucan-Massimo, fondatrice et directrice exécutive de Sacred Earth Solar, a invité le public à télécharger les guides de son organisation pour mieux comprendre les différences entre les modèles de projets de prospérité partagée, tels que les coopératives et les modèles dirigés par les communautés. Elle a souligné que, dans ces projets, les bénéfices reviennent à la communauté et la soutiennent, par exemple en permettant de financer l’achat de camions de pompiers ou la création de parcs, d’écoles et d’infrastructures liées à l’eau. «L’argent reste dans la communauté», résume-t-il. Prabindra Shakya, fondateur et directeur du Community Empowerment and Social Justice Network, a averti que certains gouvernements, comme celui du Népal, utilisent des accords de partage des bénéfices avec les communautés autochtones comme substitut au consentement préalable, libre et éclairé (FPIC). Il a également critiqué le fait que, dans certains de ces modèles, les bénéfices n’atteignent pas les populations les plus affectées. Pour que les projets soient équitables, les communautés exigent le respect du FPIC tout au long du cycle du projet et la priorité accordée aux peuples autochtones dans la répartition des bénéfices. En outre, les bénéfices doivent être collectifs et non individuels. L’idée, a-t-il souligné, est de promouvoir des modèles dirigés par des peuples autochtones à petite et moyenne échelle, en partenariat avec des entreprises et le secteur public.
Ruth Kissam, du Papua New Guinea Women Leaders Network, a indiqué que 97% des terres de son île sont des propriétés autochtones. Elle a défendu le droit des tribus à mener des activités extractives, celles-ci étant fondamentales pour leur économie. Wikitoria Hepi-Te Huia, présidente du Tauhara North No. 2 Trust, a expliqué que les communautés ont décidé qu’une centrale géothermique devait être construite sur leurs terres — un projet tenu de respecter la diligence raisonnable et la loi sur les terres maories. Aujourd’hui, les peuples autochtones détiennent 35% de la centrale et les bénéfices sont consacrés au développement communautaire.
Les participants à la conférence ont poursuivi le travail en groupes de discussion, qui alimentera l’élaboration d’une Déclaration et d’une Feuille de route de la conférence. La conférence se tient du 12 au 14 et le 17 avril, et est organisée conjointement par le Right Energy Partnership with Indigenous Peoples (REP), le Business and Human Rights Resource Centre (BHRRC) et Indigenous Peoples Rights International (IPRI), avec le parrainage du PNUD et le soutien de Nia Tero, The Christensen Fund, Henry Luce Foundation, Waverley ST Foundation et le Columbia Center on Sustainable Investment.
Cliquez ici pour plus d’informations sur la conférence.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *