
De nombreux cas d’exécutions extrajudiciaires, d’arrestations, de torture et d’accaparement des terres visant les peuples autochtones se produisent en toute impunité. Cela doit cesser immédiatement!
L’Indigenous Peoples Rights International (IPRI) condamne la militarisation et les graves violations des droits humains qui en résultent à l’encontre des peuples autochtones dans la région du Nord-Est de l’Inde. Nous appelons les autorités à mener immédiatement une enquête impartiale, à sanctionner les responsables, à protéger les victimes — y compris leurs communautés — et à garantir leur accès à des recours effectifs. Ces crimes ne doivent pas rester impunis.
Dans le contexte du conflit entre le gouvernement de l’Inde et des groupes armés, divers territoires autochtones à travers le pays, en particulier dans le Nord-Est et dans les États affectés par le maoïsme, ont été militarisés. Cette militarisation a entraîné des accaparements de terres, des exécutions extrajudiciaires, des actes de torture et des arrestations. En outre, les forces armées bénéficient d’une impunité quasi absolue et de pouvoirs étendus leur permettant de « tirer ou d’utiliser la force, y compris jusqu’à donner la mort », ainsi que d’arrêter toute personne sans mandat, en vertu de la loi sur les pouvoirs spéciaux des forces armées de 1958 (Armed Forces Special Powers Act), en vigueur dans le Nord-Est.
Le 4 décembre 2021, dans le district de Mon, au Nagaland, l’armée indienne a tué treize travailleurs autochtones innocents. La cause alléguée de ce massacre serait une «erreur d’identification». Un autre membre tribal a été tué le lendemain par l’armée lors de tirs contre des manifestants.
Des membres des communautés tribales qui se sont opposés à la militarisation et à l’accaparement des terres ont été assassinés, arrêtés et inculpés sur la base d’accusations fabriquées. Les autorités ont qualifié les victimes de ces crimes de « maoïstes » afin de justifier leurs actions.

Il ne s’agit pas de cas isolés, mais d’actions systématiques menées par l’État et ses forces militaires. Tout au long de l’année 2021, plusieurs cas suivant ce schéma ont été documentés. Parmi eux, on peut citer:
Le 18 février 2021, deux femmes tribales identifiées comme Pandey Kawasi (20 ans) et Kumari Jogi Kawasi (35 ans) auraient été arrêtées par la police dans leur village de Gudse, dans le district de Dantewada, dans l’État du Chhattisgarh, puis photographiées le lendemain avec quatre autres personnes comme « maoïstes rendus » dans le cadre de l’opération Lon Varratu. Le 23 février, Pandey Kawasi est décédée en détention policière.
- Le 30 mai 2021, Payke Veko (24 ans) aurait été enlevée à son domicile puis tuée en détention policière dans le district de Dantewada. La police a affirmé qu’elle avait été tuée lors d’un affrontement avec des maoïstes le 31 mai et que des armes et des munitions avaient été retrouvées sur elle.
- Le 12 juin 2021, Bramhadev Singh (24 ans) aurait été abattu par les forces de sécurité dans le village de Piri, district de Latehar, dans l’État du Jharkhand. Il s’était rendu en forêt avec d’autres membres de communautés tribales pour chasser à l’occasion du festival de Sarhul.
- Le 27 juin 2021, Santosh Markam (35 ans) aurait été torturé puis abattu par la police devant d’autres villageois, et présenté comme un «dangereux naxalite», dans le village de Neelavaya, district de Dantewada, dans l’État du Chhattisgarh.
L’État n’a pas présenté de preuves convaincantes concernant ces accusations, celles-ci étant considérées comme fabriquées ou infondées. Le contexte antérieur remet fortement en question la version des autorités. Des précédents, tels que le rapport de la commission d’enquête du juge V.K. Agrawal, ont conclu que l’affrontement présumé entre les forces de sécurité et des maoïstes allégués, au cours duquel 17 villageois tribaux (dont sept mineurs) ont été tués dans la région de Bastar, au Chhattisgarh, en juin 2012, était falsifié et que les personnes tuées n’étaient pas des maoïstes. Les forces de sécurité avaient affirmé avoir tué des maoïstes lors d’un violent échange de tirs dans les jungles de Bastar dans la nuit du 28 au 29 juin 2012.
En outre, les peuples autochtones se retrouvent pris au milieu du conflit entre l’État et les maoïstes, tandis que le gouvernement ne garantit pas la protection de leur vie et de leurs droits. Les maoïstes ont tué plusieurs personnes autochtones au cours de l’année 2021, notamment Korra Pilku (35 ans) dans le village de Kothapalem, district de Visakhapatnam, dans l’État de Andhra Pradesh le 5 mars ; un mineur, Madkam Arjun (15 ans), et Taati Hadma (21 ans) dans la zone de Jagargunda, district de Sukma, dans l’État de Chhattisgarh le 19 avril 2021 ; Sitaram Ketan dans le village d’Amjhar, district de Dhamtari, dans l’État de Chhattisgarh le 16 juin ; et Madvi Raj Kumar dans le village de Cheruvugumpu, district d’East Godavari, dans l’État de Andhra Pradesh le 17 novembre.

L’Indigenous Peoples Rights International (IPRI) condamne la violence, la criminalisation, l’accaparement des terres et les assassinats commis contre les peuples autochtones. L’impunité doit cesser et les responsables doivent être traduits en justice, tandis que justice doit être rendue aux victimes, à leurs familles et à leurs communautés.
L’Indigenous Peoples Rights International (IPRI) exhorte l’État de l’Inde à respecter ses obligations de respecter, reconnaître et protéger les droits des peuples autochtones, tels qu’affirmés dans le droit national et international ainsi que dans les instruments relatifs aux droits humains, et à abroger immédiatement la loi sur les pouvoirs spéciaux des forces armées (Armed Forces Special Powers Act). De même, nous appelons le gouvernement de l’Inde à prendre des mesures rapides et urgentes pour enquêter de manière objective sur ces affaires, à agir pour prévenir leur répétition et à garantir que les victimes, leurs familles et leurs communautés aient un accès effectif à la justice et soient indemnisées pour ces crimes. Ces actes de violence et cette impunité doivent cesser immédiatement!
