Journée des droits de l’homme || Peuples autochtones en Amérique latine : au cœur de la criminalisation par les États et de la violence des groupes armés

Journée des droits de l’homme || Peuples autochtones en Amérique latine : au cœur de la criminalisation par les États et de la violence des groupes armés

À l’occasion de la Journée des droits de l’homme, les peuples autochtones en Amérique latine font face à une situation extrêmement grave. Ils se trouvent du côté perdant du fossé entre le développement des normes nationales et internationales visant à protéger leurs droits et leur absence de mise en œuvre sur le terrain.
Ils sont confrontés non seulement à la force de l’État, qui impose des projets de « développement » et les dépossède de leurs terres, mais aussi à des groupes armés illégaux qui se disputent leurs territoires avec une violence meurtrière.

Dans ce contexte, les peuples autochtones sont souvent la cible de violences en toute impunité, visant à affaiblir leur résistance collective et à s’approprier leurs terres et leurs ressources.
Certaines de ces actions comprennent : des exécutions extrajudiciaires, la criminalisation des dirigeants et des communautés, la torture, des violences contre les femmes, ainsi que des déplacements forcés.

En Amérique latine, trois pays concentrent le plus grand nombre d’assassinats de défenseurs des droits humains : le Mexique, la Colombie et le Brésil. Ci-dessous, quelques-unes des principales conclusions des équipes nationales d’Indigenous Peoples Rights International sont présentées:

Brésil

Au cours des cinq dernières années, la violence contre les peuples autochtones s’est fortement aggravée. Le discours et les actions de l’administration de Jair Bolsonaro vont à l’encontre des droits des peuples autochtones reconnus au niveau international. De plus, il traite les peuples autochtones comme des ennemis.
La désinformation publique continue et le discours anti-autochtone sont largement relayés dans les médias et au sein des différentes branches de l’État. Les attaques et menaces de Bolsonaro orientent également les actions de groupes paramilitaires et de milices armées, qui favorisent la déforestation illégale et les activités extractives, l’accaparement des terres et l’invasion des territoires autochtones, entre autres formes de violence.

En outre, les communautés souffrent lorsque leurs membres sont victimes de violences. Par ailleurs, les peuples autochtones font face à un système judiciaire qui les criminalise et qui continue de les considérer sous la tutelle de l’institution étatique chargée des affaires autochtones. Ils n’ont pas accès à une représentation juridique adéquate. Les institutions publiques — censées garantir les droits des peuples autochtones — ont été soumises à un harcèlement constant, et les politiques publiques en matière interculturelle et environnementale ont régressé, avec un impact négatif direct sur la qualité de vie des peuples autochtones.
Cette situation s’est aggravée dans le contexte de la pandémie. Sous couvert de relance économique, les autorités ont dissimulé des actions juridiques visant à déposséder les peuples autochtones de leurs terres.

Malgré cela, les peuples autochtones ont défié ce discours et ces actions qui violent leurs droits. Néanmoins, leur lutte a entraîné des accusations fabriquées contre leurs dirigeants, leur stigmatisation, la criminalisation des luttes collectives et même des actions judiciaires, comme dans le cas du «cadre temporel» (Time Frame) actuellement examiné par la Cour suprême du Brésil.

Colombie

En Colombie, les peuples autochtones font face à des attaques continues sur plusieurs fronts. Des forces extérieures rôdent sur leurs territoires, en particulier dans les départements du Chocó, de Nariño et du Cauca.
De nombreux cas d’assassinats, de blessures, de déplacements forcés, d’affrontements armés, de dépossession de leurs territoires, de mines antipersonnel et de confinement des populations ont été signalés.

Le Bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a reçu 180 allégations d’homicides de défenseurs des droits humains entre le 1er janvier et le 31 octobre 2021.
Par ailleurs, l’Institut d’études pour le développement et la paix (INDEPAZ) a enregistré, jusqu’au 9 novembre, l’assassinat de 152 défenseurs des droits humains et leaders sociaux. Un grand nombre d’entre eux étaient autochtones.

Lors de la mobilisation nationale de 2021, les peuples autochtones se sont unis au sein de la « Minga ». Les autorités gouvernementales et des acteurs privés ont répondu par des attaques physiques et rhétoriques contre les manifestations et leurs soutiens.

Mexique

Le Mexique est un État caractérisé par une grave crise des droits humains. Il est profondément affecté par la collusion entre les autorités étatiques (à tous les niveaux) et les cartels de la drogue. Cette situation est aggravée par un climat d’impunité quasi totale.

Les peuples autochtones subissent des attaques croissantes de la part de groupes criminels violents qui se disputent leurs territoires à travers des disparitions forcées, la torture et des exécutions.
En outre, les actions de l’État ont exacerbé les conflits entre communautés : certaines sont déplacées à l’intérieur du pays par le crime organisé ou expulsées par des entreprises. Par ailleurs, l’État continue de nier la reconnaissance des droits des peuples autochtones, notamment par des actions politiques et juridiques visant à éviter le respect du consentement libre, préalable et éclairé.

IPRI a documenté que, jusqu’en juin 2021, quatorze défenseurs autochtones des droits humains avaient été assassinés. Ces crimes restent impunis, situation aggravée par l’absence de perspectives positives en matière de justice et de réparation de la part de l’État.

Ces trois pays illustrent le coût élevé que les peuples autochtones paient pour la défense de leurs terres, de leurs ressources et de l’environnement. Cependant, on observe également des dynamiques de résistance, de plaidoyer et de création d’alternatives communautaires.

Les peuples autochtones et leurs processus ont besoin d’alliés et de solidarité. Ils se sont donné pour mission de construire des ponts de solidarité à travers une série de documentaires et de courtes vidéos.
Si vous souhaitez en savoir plus sur ces histoires, rendez-vous sur: www.iprights.org

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