

Indigenous Peoples Rights International exprime sa profonde préoccupation face aux informations faisant état de graves abus de pouvoir à l’encontre des peuples maya q’eqchi’ au Guatemala, de l’assassinat d’un militant autochtone mapuche en Argentine, ainsi que des meurtres et attaques en cours contre les peuples autochtones au Brésil.
Selon des informations publiques fiables, le gouvernement du Guatemala a approuvé l’état de siège à El Estor depuis le 25 octobre, à la suite d’une répression violente contre les peuples autochtones maya q’eqchi’ qui résistent aux opérations minières sur leurs terres traditionnelles et demandent le respect du consentement libre, préalable et éclairé.
L’état de siège suspend les droits des citoyens, tels que la liberté d’expression et de circulation, et confère aux forces militaires le contrôle des forces de sécurité et de police dans la région.
En conséquence, plus de 40 perquisitions visant des dirigeants communautaires et 60 arrestations ont été menées. De plus, des cas d’abus de pouvoir, de violences contre des enfants, de harcèlement sexuel envers de jeunes filles, de destruction de biens et de persécution de dirigeants autochtones, impliquant des forces de police et militaires, ont été dénoncés.
En Argentine, le 21 novembre, une attaque contre la communauté de Lof Quemquemtreu menée par des personnes armées en vêtements civils a entraîné l’assassinat d’Elías Garay, un jeune défenseur mapuche du territoire, ainsi que de graves blessures à un autre membre de la communauté.
Lof Quemquemtreu est une communauté autochtone mapuche située dans la province de Río Negro. En raison de sa défense de ses terres ancestrales contre la déforestation et des intérêts extérieurs, la communauté est soumise depuis près de deux mois à un siège policier empêchant l’entrée de vivres et restreignant la liberté de circulation.
Au Brésil, au cours des deux premières semaines de novembre, plusieurs attaques et menaces contre les peuples autochtones ont été enregistrées. Selon Amnesty International Brazil, la police militaire de Roraima a fait usage d’une force excessive contre les peuples autochtones de la communauté de Tabatinga ; deux personnes yanomami ont été tuées par des chercheurs d’or, et des attaques ainsi que des incendies criminels ont visé les peuples guarani kaiowá.
Par ailleurs, des femmes autochtones ayant participé à la récente COP26 de la CCNUCC ont été harcelées et dénoncées.
Particulièrement au Brésil, en 2020, 1 083 incidents de violence liés à l’occupation et à la dépossession des terres ont été enregistrés, dont 178 cas d’invasion de territoires autochtones et 18 victimes d’homicide, parmi lesquelles dix étaient des personnes autochtones.
Sonia Guajajara, coordinatrice nationale de l’Articulation des peuples autochtones du Brésil (Articulação dos Povos Indígenas do Brasil, APIB), a estimé que ces attaques et assassinats «sont coordonnés par des groupes ayant des intérêts contraires à ceux des peuples autochtones et encouragés par un discours raciste et par l’impunité».
Ces situations ne sont pas des événements isolés : elles s’inscrivent dans un schéma d’attaques violentes, d’assassinats, de criminalisation et d’impunité visant les peuples autochtones qui défendent leurs droits humains ainsi que leurs terres, territoires et ressources, tel que documenté par l’Indigenous Peoples Rights International dans différents pays.
Ce contexte entraîne de graves violations des droits humains individuels et collectifs qui menacent la survie des peuples autochtones, affaiblissant leur capacité à exercer leur autodétermination, leur autonomie et leur autogouvernance.
Indigenous Peoples Rights International condamne fermement ces agressions contre les peuples autochtones et appelle à:
- Les trois gouvernements à mettre fin à la criminalisation et à respecter pleinement les droits des peuples autochtones, y compris leur droit à l’autodétermination et au consentement libre, préalable et éclairé. Les victimes de violations des droits humains et leurs familles doivent avoir accès à la justice.
- Le gouvernement du Guatemala à revenir sur sa déclaration d’état de siège, à mettre fin à toutes les formes de violence contre les peuples autochtones d’El Estor, à mener des enquêtes appropriées sur les violations présumées des droits humains, à traduire les responsables en justice et à offrir des réparations aux victimes.
Le Guatemala doit également se conformer à ses obligations en matière de consultation adéquate et de respect du consentement libre, préalable et éclairé dans le cadre des activités affectant les terres, territoires et ressources autochtones, conformément à la Convention 169 de l’OIT, à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (UNDRIP) et à la Déclaration américaine sur les droits des peuples autochtones. - Le gouvernement de l’Argentine à protéger de manière adéquate les droits du peuple mapuche sur ses terres et territoires et à garantir l’accès à la justice en menant une enquête complète sur l’assassinat d’Elías Garay, en traduisant les auteurs en justice et en accordant des réparations appropriées.
- Le gouvernement du Brésil à mettre immédiatement fin à l’usage de la violence contre les peuples autochtones par les forces officielles ainsi qu’aux discours discriminatoires et haineux, et à garantir leur protection ainsi que le respect de leurs droits et de leur dignité.
Indigenous Peoples Rights International rappelle que les trois États ont ratifié la Convention 169 de l’OIT et ont voté en faveur de l’adoption de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (UNDRIP).
IPRI exhorte les États à respecter leurs engagements en matière de droits humains, notamment à consulter et coopérer de bonne foi avec les peuples autochtones concernés, par l’intermédiaire de leurs propres institutions représentatives, afin d’obtenir leur consentement libre, préalable et éclairé avant l’adoption et la mise en œuvre de mesures législatives ou administratives susceptibles de les affecter (art. 19 de l’UNDRIP), ou avant d’approuver tout projet touchant leurs terres, territoires et autres ressources (art. 29 de la Déclaration américaine des droits des peuples autochtones de l’OEA).
Indigenous Peoples Rights International exprime sa solidarité avec les familles, les communautés et les peuples autochtones touchés au Guatemala, en Argentine et au Brésil, et réaffirme son engagement à lutter contre la violence, la criminalisation et l’impunité qui affectent les peuples autochtones.
Feature image source: Juan Bautista Xol. Prensa Comunitaria
