{"id":85334,"date":"2025-11-09T17:10:46","date_gmt":"2025-11-09T17:10:46","guid":{"rendered":"https:\/\/iprights.org\/2025\/11\/09\/la-cop-autochtone-les-enjeux-de-belem-bresil\/"},"modified":"2026-04-17T01:39:09","modified_gmt":"2026-04-17T01:39:09","slug":"la-cop-autochtone-les-enjeux-de-belem-bresil","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/iprights.org\/fr\/2025\/11\/09\/la-cop-autochtone-les-enjeux-de-belem-bresil\/","title":{"rendered":"La \u00ab\u00a0COP autochtone\u00a0\u00bb: Les enjeux de Bel\u00e9m, Br\u00e9sil"},"content":{"rendered":"\n<p>Plus de 3 500 d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s autochtones de l&rsquo;Amazonie et du monde entier sont attendus \u00e0 Bel\u00e9m pour affirmer que le leadership autochtone est indispensable \u00e0 la survie de la plan\u00e8te.<\/p>\n\n<p>Situ\u00e9e \u00e0 l&#8217;embouchure du fleuve Amazone, Bel\u00e9m est \u00e0 la fois la porte d&rsquo;entr\u00e9e de la plus grande for\u00eat tropicale du monde et le t\u00e9moignage vivant de si\u00e8cles de gestion autochtone. La d\u00e9cision du Br\u00e9sil d&rsquo;accueillir la COP30, qu&rsquo;il a baptis\u00e9e \u00ab\u00a0COP autochtone\u00a0\u00bb, rev\u00eat une importance symbolique consid\u00e9rable. Elle t\u00e9moigne de la reconnaissance du fait que l&rsquo;Amazonie, et le climat mondial qu&rsquo;elle soutient, ne peuvent survivre sans prot\u00e9ger les territoires autochtones et faire respecter leurs droits.  <\/p>\n\n<p>\u00c0 l&rsquo;intersection de l&rsquo;ambition climatique et de la r\u00e9alit\u00e9 politique, les d\u00e9cisions prises \u00e0 Bel\u00e9m pourraient fa\u00e7onner l&rsquo;avenir des terres autochtones et de la plan\u00e8te elle-m\u00eame. L&rsquo;Amazonie, longtemps consid\u00e9r\u00e9e comme le poumon de la Terre, est plus qu&rsquo;un cadre de n\u00e9gociations; elle est la ligne de front d&rsquo;une crise o\u00f9 les promesses d&rsquo;une \u00ab\u00a0transition juste\u00a0\u00bb continuent de se heurter \u00e0 des sch\u00e9mas d&rsquo;exploitation persistants. <\/p>\n\n<p>Alors que les gouvernements n\u00e9gocient les objectifs d&rsquo;\u00e9missions et le financement de la lutte contre le changement climatique, les peuples autochtones lancent un avertissement clair: sans droits fonciers garantis, tous les objectifs en mati\u00e8re de climat restent fragiles.<\/p>\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les chiffres derri\u00e8re le r\u00e9cit<\/strong><\/h3>\n\n<p>Les peuples autochtones g\u00e8rent environ un quart de la surface de la plan\u00e8te. Selon le Groupe d&rsquo;experts intergouvernemental sur l&rsquo;\u00e9volution du climat (2022), la reconnaissance du r\u00e9gime foncier autochtone est l&rsquo;un des moyens les plus efficaces et les plus \u00e9quitables d&rsquo;att\u00e9nuer le changement climatique et de s&rsquo;y adapter. Les for\u00eats g\u00e9r\u00e9es par les autochtones en Amazonie stockent pr\u00e8s d&rsquo;un tiers du carbone du bassin, ce qui constitue un moyen de d\u00e9fense essentiel contre la hausse des temp\u00e9ratures mondiales<em>(Walker et al., PNAS, 2020<\/em>).  <\/p>\n\n<p>Malgr\u00e9 cela, plus de la moiti\u00e9 des terres autochtones et communautaires ne sont toujours pas reconnues l\u00e9galement dans le monde (RRI, 2021). Ce manque de reconnaissance laisse des millions d&rsquo;hectares expos\u00e9s \u00e0 l&#8217;empi\u00e8tement des industries extractives, de l&rsquo;agro-industrie et des projets d&rsquo;\u00e9nergie renouvelable \u00e0 grande \u00e9chelle men\u00e9s sans consentement libre, pr\u00e9alable et \u00e9clair\u00e9 (CLPI). <\/p>\n\n<p>Cette r\u00e9alit\u00e9 r\u00e9v\u00e8le un paradoxe frappant: ceux qui prot\u00e8gent les \u00e9cosyst\u00e8mes de la Terre sont les plus menac\u00e9s par les solutions propos\u00e9es pour faire face \u00e0 la crise climatique.<\/p>\n\n<p>Alors que les nations s&#8217;empressent de d\u00e9carboniser leur \u00e9conomie, les territoires autochtones apparaissent comme les prochaines fronti\u00e8res de l&rsquo;extraction. La demande de \u00ab\u00a0min\u00e9raux de transition\u00a0\u00bb &#8211; tels que le lithium, le nickel et le cobalt &#8211; est en forte hausse, plus de la moiti\u00e9 des r\u00e9serves connues se trouvant sur des terres autochtones (Banque mondiale, 2022). L&rsquo;Agence internationale de l&rsquo;\u00e9nergie (2023) pr\u00e9voit que la demande mondiale de ces min\u00e9raux quadruplera d&rsquo;ici 2040. Dans des r\u00e9gions telles que les Andes, l&rsquo;Indon\u00e9sie et les Philippines, de nouveaux projets miniers d\u00e9clenchent des conflits fonciers et aggravent les divisions sociales.   <\/p>\n\n<p>De m\u00eame, les projets d&rsquo;\u00e9nergie renouvelable promus sous la banni\u00e8re de la \u00ab\u00a0croissance verte\u00a0\u00bb reproduisent les m\u00eames mod\u00e8les d&rsquo;extraction de l&rsquo;\u00e8re des combustibles fossiles. La documentation de l&rsquo;organisation Indigenous Peoples&rsquo; Rights International (IPRI) sur la criminalisation et les attaques contre les d\u00e9fenseurs autochtones fait \u00e9tat d&rsquo;un nombre croissant de violations li\u00e9es \u00e0 de tels projets, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de sites g\u00e9othermiques en Indon\u00e9sie ou de projets hydro\u00e9lectriques aux Philippines. <\/p>\n\n<p>Si la transition \u00e9nerg\u00e9tique mondiale continue de d\u00e9pendre de la d\u00e9possession des peuples autochtones, elle ne sera pas juste. Elle ne fera que r\u00e9inventer le colonialisme en termes verts. <\/p>\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>D\u00e9fendre les d\u00e9fenseurs<\/strong><\/h3>\n\n<p>La crise climatique n&rsquo;est pas seulement environnementale, elle est profond\u00e9ment humaine. En 2023, pr\u00e8s de 80 % des assassinats de d\u00e9fenseurs de l&rsquo;environnement ont eu lieu en Am\u00e9rique latine, la plupart d&rsquo;entre eux \u00e9tant des autochtones (Global Witness, 2024). L&rsquo;Amazonie reste la r\u00e9gion la plus meurtri\u00e8re pour ceux qui prot\u00e8gent les for\u00eats et les rivi\u00e8res de l&rsquo;exploitation foresti\u00e8re ill\u00e9gale, de l&rsquo;exploitation mini\u00e8re et de l&rsquo;expansion de l&rsquo;agro-industrie.  <\/p>\n\n<p>Lors de la COP30, l&rsquo;IPRI et ses alli\u00e9s ont pour objectif de mettre les histoires de ces d\u00e9fenseurs au premier plan de la conversation mondiale sur le climat. Les femmes autochtones, les jeunes et les dirigeants communautaires feront pression sur les n\u00e9gociateurs pour qu&rsquo;ils int\u00e8grent des m\u00e9canismes de protection des d\u00e9fenseurs de la terre et de l&rsquo;environnement dans les politiques climatiques et \u00e9nerg\u00e9tiques. <\/p>\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les droits fonciers en tant que politique climatique<\/strong><\/h3>\n\n<p>L&rsquo;enjeu de Bel\u00e9m va au-del\u00e0 de la reconnaissance; il s&rsquo;agit de d\u00e9terminer si la politique climatique mondiale peut enfin passer de l&rsquo;extraction \u00e0 l&rsquo;\u00e9quit\u00e9. Les cadres internationaux, du Cadre mondial pour la biodiversit\u00e9 de Kunming-Montr\u00e9al au Programme de travail pour une transition juste de la CCNUCC, ont reconnu le r\u00f4le essentiel des peuples autochtones. Pourtant, ces engagements restent vains tant que le r\u00e9gime foncier, base de la gouvernance autochtone, n&rsquo;est pas garanti.  <\/p>\n\n<p>Les faits sont sans \u00e9quivoque: lorsque les territoires autochtones sont l\u00e9galement prot\u00e9g\u00e9s, la d\u00e9forestation diminue, la biodiversit\u00e9 s&rsquo;\u00e9panouit et les communaut\u00e9s renforcent leur r\u00e9sistance aux chocs climatiques. La reconnaissance des droits fonciers ne rel\u00e8ve pas de la charit\u00e9 ou d&rsquo;une inclusion symbolique; il s&rsquo;agit d&rsquo;une strat\u00e9gie climatique fond\u00e9e sur des donn\u00e9es probantes et ancr\u00e9e dans la justice et la durabilit\u00e9. <\/p>\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Ce que la COP30 doit apporter<\/strong><\/h3>\n\n<p>Alors que le monde a les yeux tourn\u00e9s vers Bel\u00e9m, les peuples autochtones et leurs alli\u00e9s lancent un appel:<\/p>\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong>Reconnaissance juridique et protection des territoires autochtones<\/strong>, conform\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;accord de Paris et au cadre mondial pour la biodiversit\u00e9;<br\/><\/li>\n\n\n\n<li>Des normes <strong>contraignantes en mati\u00e8re de consentement pr\u00e9alable, libre et \u00e9clair\u00e9 (FPIC)<\/strong> pour tous les investissements dans le domaine du climat et de l&rsquo;\u00e9nergie;<br\/><\/li>\n\n\n\n<li><strong>Financement direct et flexible<\/strong> des initiatives de gouvernance, de conservation et d&rsquo;adaptation men\u00e9es par les autochtones;<br\/><\/li>\n\n\n\n<li><strong>Des m\u00e9canismes de protection institutionnalis\u00e9s<\/strong> pour les d\u00e9fenseurs autochtones dans les cadres climatiques nationaux et mondiaux.<\/li>\n<\/ul>\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Le test moral de Bel\u00e9m<\/strong><\/h3>\n\n<p>Les territoires autochtones prot\u00e8gent plus de la moiti\u00e9 de la biodiversit\u00e9 restante dans le monde. Ils r\u00e9gulent les cycles du carbone, soutiennent les syst\u00e8mes d&rsquo;eau douce et pr\u00e9servent les syst\u00e8mes de connaissances qui offrent des voies pour la r\u00e9silience climatique. Pourtant, les communaut\u00e9s autochtones continuent d&rsquo;\u00eatre confront\u00e9es \u00e0 la criminalisation et au d\u00e9placement sous couvert de \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0conservation\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0solutions climatiques\u00a0\u00bb.  <\/p>\n\n<p>Lors de la COP30, les peuples autochtones et leurs partenaires cherchent non seulement \u00e0 d\u00e9noncer ces injustices, mais aussi \u00e0 montrer \u00e0 quoi ressemblent de v\u00e9ritables solutions : fond\u00e9es sur les droits, le consentement et l&rsquo;interd\u00e9pendance entre les peuples et la nature.<\/p>\n\n<p>Le r\u00e9sultat de Bel\u00e9m d\u00e9terminera si le monde est pr\u00eat \u00e0 affronter son pass\u00e9 colonial et \u00e0 embrasser une transition v\u00e9ritablement juste &#8211; une transition qui valorise la protection plut\u00f4t que le profit et le partenariat plut\u00f4t que l&rsquo;exploitation.<\/p>\n\n<p>Pour les peuples autochtones, ce qui est en jeu, c&rsquo;est le droit de vivre, de gouverner leurs terres et de participer sur un pied d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration de la r\u00e9ponse mondiale \u00e0 la crise climatique.<\/p>\n\n<p>Pour le reste de l&rsquo;humanit\u00e9, ce qui est en jeu, c&rsquo;est l&rsquo;avenir d&rsquo;une plan\u00e8te capable d&rsquo;accueillir la vie.<\/p>\n\n<p>Lorsque les terres indig\u00e8nes disparaissent, les derni\u00e8res lignes de d\u00e9fense contre l&rsquo;effondrement du climat tombent avec elles.<\/p>\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences :<\/strong><\/p>\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Sixi\u00e8me rapport d&rsquo;\u00e9valuation du GIEC, 2022<br\/><\/li>\n\n\n\n<li>Rights and Resources Initiative (RRI), <em>Les droits fonciers dans la crise climatique<\/em>, 2021<br\/><\/li>\n\n\n\n<li>Global Witness, <em>D\u00e9fendre les d\u00e9fenseurs<\/em>, 2024<br\/><\/li>\n\n\n\n<li>\u00c9valuation mondiale de l&rsquo;IPBES, 2019<br\/><\/li>\n\n\n\n<li>Walker, W. et al, <em>PNAS<\/em>, 2020<br\/><\/li>\n\n\n\n<li>Agence internationale de l&rsquo;\u00e9nergie (AIE), <em>Critical Minerals Market Review<\/em>, 2023<br\/><\/li>\n\n\n\n<li>Banque mondiale, <em>Min\u00e9raux pour l&rsquo;action climatique<\/em>, 2022<br\/><\/li>\n\n\n\n<li>IPRI (2025), <em>Base de donn\u00e9es sur la criminalisation et les attaques contre les d\u00e9fenseurs autochtones<\/em><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Plus de 3 500 d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s autochtones de l&rsquo;Amazonie et du monde entier sont attendus \u00e0 Bel\u00e9m pour affirmer que le leadership autochtone est indispensable \u00e0 la survie de la plan\u00e8te. 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