Les organisations internationales de défense des droits humains condamnent le récent massacre de Panay.

Les opérations meurtrières menées par des actions coordonnées de la police et de l’armée contre les peuples autochtones sous le régime de Rodrigo Duterte aux Philippines doivent cesser.

Nous, organisations soussignées du monde entier, condamnons l’exécution apparemment extrajudiciaire de neuf dirigeants autochtones, ainsi que l’arrestation illégale de dix-sept autres dirigeants et membres du Tumanduk nga Mangunguma nga Nagapangapin sa Duta kag Kabuhi (TUMANDUK). Le massacre a eu lieu dans plusieurs villages de Tapaz, Capiz et Calinog, Iloilo, sur l’île de Panay, lors d’une opération coordonnée de la police et de l’armée le 30 décembre. Nous, organisations soussignées, exprimons notre solidarité avec les Tumanduk de Tapaz, Capiz et Calinog, Iloilo, en condamnant cet incident et en réclamant justice pour les victimes.

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Crédit photo: Carlos Manalansan, Bulatlat.com

 Le 30 décembre 2020, alors que la période des fêtes venait de commencer, neuf personnes ont apparemment été exécutées extrajudiciairement, abattues à bout portant dans leurs propres maisons, tandis que dix-sept autres ont été arrêtées et détenues après avoir été portées disparues pendant cinq jours. Selon des témoignages de la communauté, des téléphones portables ont été confisqués afin d’empêcher les habitants de prendre des photos et des vidéos de ces exécutions sommaires. Dans un cas, des membres de la famille ont été forcés de quitter leur maison; dans d’autres cas, les militaires sont entrés de force dans les domiciles et ont abattu les dirigeants pendant leur sommeil.

Parmi les victimes identifiées du massacre des Tumandok figurent Roy Giganto, président de l’organisation autochtone Tumandok, membre du Conseil national des dirigeants de KATRIBU et conseiller de sa communauté; Mario Aguirre, ancien président de Tumanduk et conseiller du barangay (unité villageoise) de Lahug, à Tapaz; ainsi que Reynaldo Katipunan, conseiller villageois du même village. Parmi les dix-sept personnes arrêtées et détenues, six sont des femmes autochtones membres actives d’Anggoy (une organisation de femmes autochtones de l’île de Panay).

Les personnes tuées étaient des dirigeants reconnus dans leurs barangays respectifs. Il s’agissait de civils et non de combattants armés. Ces communautés tumandok se sont constamment opposées à la militarisation et aux violations des droits humains dans leurs localités, tout en défendant la protection de leurs droits en tant que peuple autochtone. Ces communautés ont été particulièrement actives et vocales dans leur résistance contre la construction du méga-barrage de Jalaur à Calinog, Iloilo, ainsi que du méga-barrage de Pan-ay à Tapaz, Capiz.
Les dirigeants et membres de ces communautés tumandok ont été victimes de « red-tagging » et accusés par l’armée d’être membres ou soutiens du CPP-NPA (groupe d’opposition armée) en raison de leur défense active de leurs droits. Le mois dernier encore, les dirigeants communautaires des barangays de Lahug et Tacayan ont sollicité l’aide de la Commission des droits de l’homme après que des habitants eurent été menacés par l’armée philippine et la Police nationale philippine (PNP) déployées dans ces barangays.

Roy Giganto (l’un des dirigeants tués) a été la cible d’un harcèlement militaire continu et a été contraint de se rendre alors qu’il dirigeait la résistance contre la construction du barrage et menait la défense des droits collectifs sur les terres. Ce n’est pas la première fois que des défenseurs autochtones des droits humains sont harcelés et tués, mais cette pratique est devenue une tendance croissante sous le gouvernement actuel.
L’opération SEMPO (Synchronized Enhanced Managing Police Operations), menée sur l’île de Negros en décembre 2018, a entraîné la mort de six personnes et l’arrestation de trente-et-un militants autochtones.  la mort de six personnes et l’arrestation de trente-et-un militants autochtones. Avant juin 2020, un officier militaire avait menacé Roy Giganto et sa communauté de subir le même sort que les communautés de Negros et de Samar s’ils refusaient de coopérer.

En juin 2020, la 3e division d’infanterie de l’armée philippine (IDPA) a convoqué des civils qualifiés de membres du NPA et leur a demandé de signer des documents censés officialiser leur « reddition » et « blanchir leur nom ». Comme ils n’étaient pas membres du NPA et ne voulaient pas être considérés comme des personnes s’étant rendues, les Tumandok ont refusé de signer. Les menaces à leur encontre se sont alors intensifiées, des soldats les avertissant qu’ils pourraient être poursuivis en vertu de la loi antiterroriste.
Les dirigeants communautaires ont maintenu leur position et ont rappelé qu’ils étaient des peuples autochtones revendiquant leurs droits collectifs sur leurs terres ancestrales ainsi que leur droit à l’autodétermination.

Les rapports préliminaires indiquent que les mandats de perquisition utilisés lors de l’opération ont été délivrés par différents tribunaux de Metro Manila, notamment par le Tribunal régional de première instance (RTC), branche 4 de Manille, présidé par le juge Jose Lorenzo R. Dela Rosa, ainsi que par la branche 18 du même RTC, présidée par la juge Carolina Icasiano Sison.

Aux Philippines, l’armée ainsi que d’autres forces paramilitaires et de sécurité ont réprimé les résistances locales aux projets de développement, entraînant des violations à grande échelle des droits civils et politiques des populations concernées, notamment par la criminalisation et la diffamation de leurs actions légitimes.
Les méthodes employées pour étouffer ces résistances locales incluent souvent des menaces, des violences, du harcèlement judiciaire et d’autres formes d’intimidation, des détentions arbitraires, des arrestations illégales, la fabrication de preuves, des disparitions forcées ainsi que des exécutions sommaires.

Les Tumandok d’Iloilo, de Tapaz et de Capiz ne sont que les derniers d’une longue liste de communautés à travers les Philippines qui ont été attaquées par les forces de sécurité en raison de leurs actions en faveur des droits humains et de leur résistance à des projets qui leur sont préjudiciables.

Dans l’une des déclarations condamnant cet incident, un des dirigeants a affirmé: «Notre lutte contre la construction des barrages de Jalaur et de Pan-ay n’est pas encore terminée ; nous demeurons donc résolus à défendre ce qu’il reste de nos rivières et de nos forêts. Malgré la violence et les menaces, nous continuerons sans relâche et avec détermination à nous opposer au pillage des entreprises et à la destruction de l’environnement» [i]

De tels actes de meurtres flagrants et de graves violations des droits humains se produisent dans des régimes autoritaires et sont inadmissibles dans un pays démocratique. Nous condamnons fermement cet incident et exprimons notre solidarité et notre soutien envers la communauté dont les droits humains ont été gravement violés. Nous nous tenons à leurs côtés dans leur quête de justice pour les victimes du massacre de Panay. Nous soutenons également leur lutte pour la défense et la promotion des droits des peuples autochtones, ainsi que leur combat pour l’autodétermination, la paix et la justice.

Nous appelons le gouvernement des Philippines à mener immédiatement des enquêtes impartiales et crédibles. Nous appelons également la Chambre des représentants et le Sénat à ouvrir des enquêtes, notamment sur la délivrance persistante de mandats de perquisition, sur la conduite des opérations policières et militaires entachées d’exécutions sommaires et de fabrication de preuves, ainsi que sur le caractère « systématique » de ces opérations meurtrières observées à Samar, Negros, Metro Manila et, plus récemment, sur l’île de Panay.

Organisations

  1. Asia Indigenous Peoples Pact, AIPP, Chiang Mai, Thailand
  2. International Work Group on Indigenous Affairs (IWGIA), Denmark
  3. Network of Indigenous Women in Asia, NIWA
  4. Bai Indigenous Women’s Network, Philippines
  5. Project HEARD, the Netherlands
  6. Lawyers’ Association for Human Rights of Nepalese Indigenous Peoples (LAHURNIP)
  7. The Center for Orang Asli Concerns (COAC, Malaysia)
  8. Buliisa Initiative for Rural Development Organisation (BIRUDO), Uganda
  9. Nepal Federation of Indigenous Nationalities (NEFIN), Nepal
  10. Tebtebba (Indigenous Peoples’ International Centre for Policy Research and Education), Philippines
  11. RIDH-Red Internacional de Derechos Humanos
  12. Bangladesh Indigenous Peoples Network, Bangladesh
  13. Witness Radio – Uganda
  14. Both ENDS, The Netherlands
  15. Oyu Tolgoi Watch
  16. Rivers without Boundaries Coalition, Mongolia
  17. Rivers without Boundaries Coalition
  18. Bangladesh Indigenous Peoples’ Network on Climate Change and Biodiversity (BIPNet), Bangladesh
  19. Chin Human Rights Organization, Myanmar
  20. Friends of the Earth, USA
  21. The Project on Organizing, Development, Education, and Research (PODER) 
  22. Land is Life, USA
  23. CSDM – Centre for Sustainable Development in Mountainous Areas, Vietnam
  24. VTIK – Vietnam Indigenous Knowledge network
  25. Nationalities Youth Forum (Myanmar)
  26. Equitable Cambodia
  27. National Indigenous Disabled Women Association Nepal (NIDWAN)
  28. Nepal Indigenous Disabled Association (NIDA)
  29. International Women’s Rights Action Watch Asia Pacific (IWRAW AP)
  30. International Indian Treaty Council, USA
  31. Bangladesh Indigenous Peoples Forum
  32. ALTSEAN-Burma
  33. Indigenous World Association
  34. Na Koa Ikaka KaLahui Hawaii
  35. Avaaz-global campaign community
  36. Network of Indigenous Peoples in Thailand (NIPT)
  37. Indigenous Women’s Network of Thailand (IWNT)
  38. Papora Indigenous Development Association, Taiwan
  39. Taiwan Ping-pu Indigenous groups youth Alliance, Taiwan
  40. CJC Timor-Leste
  41. Recourse, Netherlands 
  42. The Indigenous Environmental Network
  43. Porgera Alliance, Papua New Guinea
  44. Porgera Landowners Association, Papua New Guinea
  45. Sami Parliament, Norway
  46. Indigenous Women and Children Foundation, India
  47. Asia Indigenous Peoples Network on Extractive Industries and Energy (AIPNEE)
  48. Adivasi Women’s Network, AWN, India
  49. SONIA for a Just New World, Italy
  50. AFPAT-Association des Femmes Peules Autochtones du Tchad
  51. Indigenous People of Africa Coordinating Committee, IPACC
  52. SAGBO, Benin
  53. Indigenous Peoples Alliance of the Archipelago, AMAN, Indonesia
  54. Chhattisgarh Tribal Peoples forum, India
  55. National Indigenous Women’s Federation (NIWF), Nepal
  56. Unitarian Universalist Service Committee (UUSC)
  57. International Union for Conservation of Nature National Committee of The Netherlands (IUCN NL).
  58. Front Line Defenders
  59. SIGLO XXIII – El Salvador
  60. Rainforest Action Network
  61. Federación por la Autodeterminación de los Pueblos Indígenas FAPI
  62. IMPACT, Kenya
  63. PARAN ALLIANCE
  64. Global Witness, UK
  65. Forest Peoples Programme, UK
  66. International Indigenous Peoples Forum on Climate Change
  67. Lelewal Foundation, Cameroon
  68. Center for support of indigenous peoples of the North (CSIPN), Russia
  69. GITPA – Groupe de travail pour les peuples autochtones, France 
  70. Chirapaq, Center of Indigenous Cultures of Peru
  71. Continental Network of Indigenous Women of the Americas- ECMIA
  72. Pastoral Communities Empowerment Programme (PACEP)
  73. Association of Indigenous Village Leaders in Suriname (VIDS)
  74. Manushya Foundation
  75. The Saami Council
  76. Nepal Indigenous Society for Indigeneity
  77. Nirmanee Development Foundation 
  78. Civil Society Women’s Organization, CSWO, Meghalaya, India 
  79. Lok Shakti Abhiyan, India
  80. Na Koa Ikaka KaLahui Hawaii 
  81. DIB, Denmark
  82. Center for Indigenous Peoples’ Research and Development CIPRED, Nepal
  83. International Service for Human Rights (ISHR)
  84. Friends of the Earth, Sweden
  85. The International Indigenous women’s forum (FIMI)
  86. Centre of Research & Development in Upland Area (CERDA), Vietnam
  87. Naga Women Union, India
  88. INPADE Instituto para la Participación y el Desarrollo, Argentina
  89. TARA-Ping Pu, Taiwan
  90. CHIRAPAQ – Centro de Culturas Indígenas del Perú 
  91. Narasha Community Development Group
  92. Minority Rights Group International, UK 
  93. Human Rights Law Network, India
  94. Green Advocates International 
  95. CNS and Socialist Party (India) 
  96. National Fisheries Solidarity Movement, Sri Lanka
  97. International Commission of Jurists
  98. Human Rights Law Network, India
  99. Al-Haq, Palestine
  100. Inclusive Development International
  101. Indigenous Peoples Human Rights Defenders (IPRHD) Network – Philippines
  102. Philippine Task Force for Indigenous Peoples’ Rights (TFIP)
  103. Legal Rights and Natural Resources Center (LRC)
  104. Katribu Kalipunan ng Katutubong Mamamayan ng Pilipinas
  105. Kabataan para sa Tribung Pilipino (KATRIBU Youth)
  106. Philippine Indigenous Peoples Community-Conserved Territories and Areas (ICCA) Consortium
  107. LILAK Purple Action for Indigenous Women’s Rights
  108. Inged Fintaylan
  109. International Indigenous Peoples Movement for Self-Determination and Liberation (IPMSDL)
  110. Protection International
  111. Indigenous Peoples Rights International (IPRI)
  112. The Chittagong Hill Tracts Citizens Committee
  113. Association for the Integral Development of Victims of Violence in the Verapaces, Maya Achi. Guatemala – ADIVIMA
  114. Jus Semper
  115. Seventh Generation Fund for Indigenous Peoples, North America
  116. Asociación Interamericana para la Defensa del Ambiente, AIDA (regional organization)
  117. FESPAD -El Salvador
  118. Due Process of Law Foundation, Washington, D.C.
  119. Mining Watch Canada
  120. Housing and Land Rights Network (HLRN)
  121. ICCA Consortium

Individuals 

  1. (Mr. Chupinit Kesmanee), Chairperson, Inter-Mountain Peoples Education and Culture in Thailand Association (IMPECT)
  2. Aashish Xaxa, Visiting Assistant Professor,Institute of Public Policy,National Law School of India University,Bengaluru
  3. Rani Yan Yan, Advisor, Chakma Circle, Bangladesh
  4. Devasish Roy, Chief of Chakma, Chittagong Hill Tracts, Bangladesh
  5. Binota Moy Dhamai, Member, AIPP Executive Council and Bangladesh Indigenous Peoples Forum.
  6. William Nokrek, Asia Pacific Coordinator, International Movement of Catholic Students-Pax Romana
  7. Ms Ruth V Spencer, Local community Advocate from Antigua and Barbuda
  8. Francisco Rosado May
  9. Kenneth Deer
  10. Jaykishan Godsora, India

Source

https://iwgia.org/en/philippines/3958-iwgia-aipp-panay-massacre-2020.html

Indigenous Peoples Rights International and its partner indigenous peoples organizations in the Philippines are among the signatories of this statement.

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