Dialogue régional virtuel sur l’Asie – Intervention d’Indigenous Peoples Rights International présentée par Bernice See (membre du conseil d’administration de l’IPRI)

Dialogue régional virtuel sur l’Asie – Intervention d’Indigenous Peoples Rights International présentée par Bernice See (membre du conseil d’administration de l’IPRI)

Intervention d’Indigenous Peoples Rights International présentée par Bernice See (membre du conseil d’administration)

Merci Monsieur le Président, membres du Forum permanent, délégués, sœurs et frères autochtones.

Historiquement, les ressources naturelles issues des terres autochtones partout dans le monde ont constitué des ressources majeures exploitées par les États pour propulser leurs économies vers un développement solide. Les territoires autochtones sont des réservoirs de pétrole, de charbon, de gaz, de minéraux, de ressources hydrographiques, ainsi que d’actifs génétiques et culturels, entre autres, qui sont essentiels au développement socio-économique national.

C’est avec préoccupation que des rapports ont émergé selon lesquels la pandémie de COVID-19 a été utilisée pour exploiter davantage les ressources situées sur les territoires autochtones, et que cette tendance se poursuit alors que les gouvernements mettent en œuvre des programmes de relance économique.

Les territoires autochtones sont devenus des zones ouvertes à l’extraction des ressources, l’application effective des processus de consentement libre, préalable et éclairé n’ayant pas pu être garantie, une situation aggravée par les tentatives de certains gouvernements de mener des consultations virtuelles, qui ont été remises en question et contestées par les communautés autochtones.

En Inde, le gouvernement a publié le projet de notification sur l’évaluation de l’impact environnemental de 2020, qui exempte certains projets de consultation publique, privant ainsi les peuples autochtones de leur droit d’être consultés ou de donner leur consentement avant le lancement de tout projet sur leurs territoires, droit pourtant garanti par les lois nationales pertinentes.
Le nord-est du pays ainsi que les îles Andaman-et-Nicobar sont ouverts à la plantation de palmiers à huile, ce qui pourrait entraîner une déforestation à grande échelle, des perturbations des écosystèmes sensibles et provoquer des conflits fonciers dans les zones tribales.

En Malaisie, le Malaysia Timber Certification Scheme (MTCS) a accordé, en avril 2020, une autorisation à une multinationale du bois pour exploiter des ressources forestières dans une zone boisée à laquelle la communauté locale s’oppose depuis longtemps, celle-ci assurant la gestion et la protection de la réserve forestière.

Aux Philippines, le président Duterte est revenu sur sa menace de fermer les opérations minières en accordant un nouvel Accord d’assistance financière ou technique à une entreprise minière, malgré les protestations des communautés autochtones et du gouvernement provincial, dans le cadre des mesures de création d’emplois de l’administration en période de pandémie.

Au Myanmar, plusieurs projets hydroélectriques à l’arrêt, fortement contestés par les nationalités ethniques et d’autres citoyens,  ont été annoncés comme devant être relancés.

Ces projets extractifs ont aggravé la situation des peuples autochtones dans les communautés, qui manquaient de services de santé appropriés, d’interventions et d’infrastructures, de vaccins, ainsi que d’accès à l’information leur permettant de prendre des décisions éclairées concernant leur situation sanitaire.
Néanmoins, les peuples autochtones ont mis en œuvre leurs propres mécanismes de réponse, tels que des confinements et quarantaines traditionnels, des pratiques de guérison physiques et spirituelles, entre autres, et surtout le partage des ressources au-delà des frontières.

D’un autre côté, alors que les peuples autochtones mettent en place leurs propres mesures de protection et de défense contre les projets extractifs sur leurs territoires, ils ont été et continuent d’être criminalisés. En Inde, des Adivasis ont été accusés de violer les protocoles liés à la COVID-19 lorsqu’ils protestent contre des projets et plans gouvernementaux. À ce jour, aucun rapport n’indique que ces mesures étatiques antérieures aient été annulées.

Nous présentons donc les recommandations suivantes au Forum permanent:

  1. Pour que le Forum permanent exhorte les États à garantir qu’il n’y ait aucune dérogation aux droits des peuples autochtones dans les efforts de relance liés à la pandémie de COVID-19, et que les mesures de relance soient pertinentes et non discriminatoires à l’égard des peuples autochtones ; à veiller à ce que les processus de consentement libre, préalable et éclairé (CLPE/FPIC) soient correctement respectés lors de toute mesure liée à la COVID-19 ayant un impact direct ou indirect sur les droits et le bien-être des peuples autochtones, tout en garantissant la participation significative et substantielle des peuples autochtones à l’élaboration, la mise en œuvre, le suivi et l’évaluation de toutes les mesures de relance liées à la COVID-19 qui affectent leur vie. Les gouvernements et les États doivent respecter les cadres internationaux et juridiques relatifs aux droits des peuples autochtones, tels que la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (UNDRIP) et d’autres instruments des Nations Unies, ainsi que les instruments régionaux relatifs aux droits humains.
  2. Pour que les États et le système des Nations Unies collectent des données opportunes, fiables, cohérentes, exactes et désagrégées sur les peuples autochtones afin de faciliter l’identification des moyens de traiter des problèmes spécifiques en matière de lois et de politiques, de programmes et de services, d’affectation budgétaire, ainsi que d’autres mesures et mécanismes proactifs de réponse, d’atténuation et de relèvement lors de crises et situations d’urgence similaires.
  3. Pour que le Forum permanent approfondisse les études sur l’impact des efforts de relance économique liés à la COVID-19 sur les peuples autochtones, ainsi que sur les réponses des peuples autochtones, afin de servir de guide pour renforcer les efforts actuels tant des gouvernements que des communautés autochtones.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *