L’IPRI demande que la justice foncière soit le fondement de l’action climatique à la COP30

Alors que le monde se réunit à Belém, au Brésil, pour la 30e Conférence des Parties (COP30) à la CCNUCC, Indigenous Peoples’ Rights International (IPRI) apporte un message clair: il ne peut y avoir de solution climatique sans justice foncière.

Pour l’IPRI, la COP30 est plus qu’un autre sommet mondial, c’est un moment historique. Se déroulant au cœur de l’Amazonie, sur des terres où les peuples autochtones défendent depuis longtemps la vie, la culture et la biodiversité, la COP30 offre la possibilité de réaligner la politique climatique mondiale sur les réalités et les droits de ceux qui ont pris soin de la planète depuis des temps immémoriaux.

Cet appel intervient alors que l’Organisation des Nations unies (ONU) lance l’un de ses avertissements les plus sévères à ce jour. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a déclaré que l’humanité n’était pas parvenue à limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C et qu’elle devait « changer de cap immédiatement ». Avant la COP30, il a reconnu que le dépassement de l’objectif de l’Accord de Paris était désormais « inévitable », avec des conséquences dévastatrices pour les populations et la planète.

M. Guterres a exhorté les dirigeants mondiaux réunis à Belém à agir de manière décisive, avertissant que chaque retard dans la réduction des émissions rapproche le monde de points de basculement catastrophiques en Amazonie, dans l’Arctique et dans les océans. Pourtant, moins d’un tiers des pays – seulement 62 sur 197 – ont présenté des plans d’action nationaux actualisés sur le climat.

Pour l’IPRI, cet échec souligne l’urgence de fonder l’action climatique non seulement sur la science et les engagements, mais aussi sur la justice – en reconnaissant que la survie de la planète est indissociable de la survie des territoires autochtones.

Pourquoi les droits fonciers doivent-ils être au cœur des solutions climatiques ?

Les peuples autochtones protègent plus de 50 % de la biodiversité restante dans le monde et gèrent environ un quart de la surface de la Terre. Des données scientifiques, notamment celles du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), confirment que les forêts sous contrôle autochtone connaissent des taux de déforestation deux à trois fois inférieurs à ceux des terres environnantes. Pourtant, plus de la moitié des territoires autochtones ne sont toujours pas reconnus légalement, ce qui rend les communautés vulnérables à l’accaparement des terres, aux industries extractives et aux projets d’énergie renouvelable qui ne tiennent pas compte du consentement préalable, libre et éclairé (CPLE).

L’IPRI souligne que ce manque de reconnaissance n’est pas une lacune technique, mais une injustice systémique.

Au moins 196 défenseurs de la terre et de l’environnement ont été tués dans le monde l’année dernière, dont de nombreux autochtones. Au-delà des meurtres, l’intimidation prend des formes plus subtiles : surveillance, harcèlement et criminalisation.

Dans toute l’Asie, les projets de conservation et d’énergie renouvelable se poursuivent sans CLIP, ce qui entraîne des arrestations, des déplacements et des violences qui réduisent les communautés au silence et nuisent à une véritable conservation.

Entre 2021 et 2025, les données de l’IPRI révèlent une tendance inquiétante en Inde, au Cambodge, en Thaïlande et aux Philippines : plus de 500 autochtones ont été poursuivis en justice ou arrêtés simplement pour avoir cultivé des terres, récolté des produits forestiers ou revendiqué leurs droits fonciers ancestraux – des actions aujourd’hui qualifiées à tort d' »empiètement ».

Comme le souligne Joan Carling, directrice exécutive de l’IPRI, « la justice foncière est une justice climatique. Les gouvernements ne peuvent pas prétendre être des leaders en matière de climat tout en autorisant la dépossession des terres indigènes au nom du développement ou de la conservation ».

Pour l’IPRI, la garantie des droits fonciers autochtones est l’une des mesures les plus efficaces et les plus justes pour atténuer les effets du changement climatique et s’y adapter. Il s’agit également d’une obligation morale, ancrée dans la justice, la réciprocité et la survie des peuples et de la planète.

Quatre priorités pour la COP30

  1. Centrer les droits fonciers dans la politique climatique

Lors de la COP30, l’IPRI fera pression pour la reconnaissance des droits fonciers collectifs des peuples autochtones comme fondement de l’action climatique. La garantie des droits fonciers ne protège pas seulement les forêts et les puits de carbone, elle assure que les systèmes de gouvernance autochtones, fondés sur la réciprocité, l’attention collective et la gestion intergénérationnelle, continuent à soutenir la biodiversité et la résilience des communautés.

Avec l’événement « Protéger les territoires pour protéger la planète », l’ IPRI invitera les décideurs politiques, les fonds climatiques et les dirigeants autochtones à s’engager dans un dialogue participatif démontrant que la protection des territoires autochtones protège le climat lui-même.

L’IPRI appelle également à l’inclusion d’engagements juridiquement contraignants dans les contributions déterminées au niveau national (NDC) et les mécanismes de financement du climat qui reconnaissent et financent explicitement la gouvernance foncière dirigée par les autochtones. Malgré leur efficacité avérée, les organisations autochtones reçoivent directement moins de 1 % du financement mondial pour le climat. L’IPRI exhorte les États et les fonds climatiques à combler cette lacune en investissant directement dans les systèmes de gouvernance autochtone plutôt que par le biais d’intermédiaires.

  1. Défendre les défenseurs

L’escalade de la violence à l’encontre des défenseurs des terres autochtones révèle le coût humain de la crise climatique. Partout dans le monde, des dirigeants autochtones sont menacés, criminalisés et tués pour avoir protégé leurs territoires contre des projets destructeurs.

Dans « Guardians of the Land: Défense collective pour la justice climatique », l’ IPRI transformera la prise de conscience en action collective. À l’aide d’un jeu de rôle immersif et d’une « carte d’action du bouclier de protection », les participants, qu’ils soient fonctionnaires ou donateurs, créeront ensemble des stratégies fondamentales pour renforcer la protection juridique, l’accès au financement et la solidarité mondiale pour ceux qui risquent leur vie pour défendre notre avenir commun.

D’après le suivi des violations des droits par l’IPRI entre 2021 et 2025, plus de la moitié des défenseurs de l’environnement tués dans le monde sont des autochtones, dont beaucoup sont ciblés pour s’être opposés à des projets d’extraction ou de conservation dépourvus de CLIP. L’IPRI continue d’appeler les États à mettre fin à la criminalisation des dirigeants autochtones et à adopter des mécanismes nationaux de protection conformes à la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (UNDRIP). L’organisation plaide également pour que les fonds climatiques et les entreprises adoptent des politiques de tolérance zéro pour les représailles liées à leurs projets.

  1. Assurer une transition énergétique juste grâce à la justice foncière

Alors que la course mondiale aux énergies renouvelables et aux minerais essentiels s’accélère, les terres autochtones sont à nouveau assiégées, cette fois au nom de la transition énergétique. Plus de la moitié des réserves essentielles connues de minerais se trouvent à l’intérieur ou à proximité des territoires autochtones, ce qui déclenche souvent de nouvelles vagues de conflits et de dépossession.

La session de l’IPRI, « Une transition énergétique juste commence par la justice foncière », réunira des gouvernements, des entreprises et des communautés autochtones pour un « échange d’engagements » honnête. Chaque acteur partagera ce à quoi il s’engage et ce dont il a besoin pour assurer une transition énergétique qui respecte le CLIP, les partenariats équitables et les solutions renouvelables dirigées par les autochtones. L’objectif : une « carte d’échange d’énergie juste » collective qui redéfinit l’énergie propre par l’équité et le respect.

Des données récentes de l’IPRI révèlent qu’au moins 24 cas documentés de violations à l’encontre des peuples autochtones sont directement liés à des projets dits « d’énergie propre », y compris l’hydroélectricité, l’énergie solaire, l’énergie éolienne, l’énergie géothermique et l’extraction de minerais de transition, affectant près de 100 000 personnes. L’IPRI prévient que sans le consentement et la participation des peuples autochtones, la transition énergétique mondiale risque de devenir une autre forme de « colonialisme vert ». L’organisation demande l’adoption d’une norme mondiale contraignante garantissant que les investissements dans le domaine du climat et de l’énergie respectent les droits des peuples autochtones tout au long de la chaîne de valeur.

  1. Favoriser la gestion intergénérationnelle

La résilience climatique ne peut exister sans continuité intergénérationnelle. Les communautés autochtones détiennent les connaissances ancestrales qui ont préservé les écosystèmes pendant des siècles, tandis que les jeunes autochtones tracent de nouvelles voies vers la durabilité et l’innovation.

La session « Gouvernance foncière autochtone intergénérationnelle pour la résilience climatique » célébrera ce continuum par le dialogue, la réflexion et un « arbre de la continuité » symbolique. Elle mettra en évidence la manière dont la gouvernance autochtone ancrée dans la réciprocité et la responsabilité offre des leçons intemporelles pour l’adaptation et la survie dans un climat changeant.

L’IPRI souligne que le dialogue intergénérationnel doit être soutenu par des ressources tangibles – l’éducation, le renforcement des capacités et la représentation dans les espaces de prise de décision tels que les négociations de la COP. Il appelle les gouvernements et les donateurs à financer des programmes d’éducation et d’innovation climatique menés par les autochtones, qui permettent aux jeunes d’hériter non seulement des connaissances ancestrales, mais aussi du pouvoir politique nécessaire pour les défendre.

Par sa présence à la COP30, l’IPRI cherche à faire passer le discours sur le climat mondial de la rhétorique à la responsabilité. Ses appels sont clairs :

  • Les droits fonciers sont synonymes de justice climatique.
  • Il n’y a pas de transition juste sans justice foncière.
  • Protégez les défenseurs qui protègent la Terre.
  • Investir directement dans le leadership et la gouvernance autochtones.

Belém offre au monde une rare occasion d’écouter, non seulement les experts politiques, mais aussi les véritables gardiens de la Terre. La voie vers un avenir juste et durable commence par la garantie des droits fonciers des peuples autochtones, le respect de leurs systèmes de gouvernance et la garantie que la transition énergétique soigne à la fois la planète et les personnes qui la protègent.

L’avenir de l’action climatique repose sur la survie des territoires autochtones. Pour sauver la planète, nous devons d’abord défendre les droits de ceux qui la font vivre, car lorsque les terres autochtones sont protégées, la Terre elle-même a une chance de prospérer. – iprights.org

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