Plus de 3 500 délégués autochtones de l’Amazonie et du monde entier sont attendus à Belém pour affirmer que le leadership autochtone est indispensable à la survie de la planète.

Située à l’embouchure du fleuve Amazone, Belém est à la fois la porte d’entrée de la plus grande forêt tropicale du monde et le témoignage vivant de siècles de gestion autochtone. La décision du Brésil d’accueillir la COP30, qu’il a baptisée « COP autochtone », revêt une importance symbolique considérable. Elle témoigne de la reconnaissance du fait que l’Amazonie, et le climat mondial qu’elle soutient, ne peuvent survivre sans protéger les territoires autochtones et faire respecter leurs droits.

À l’intersection de l’ambition climatique et de la réalité politique, les décisions prises à Belém pourraient façonner l’avenir des terres autochtones et de la planète elle-même. L’Amazonie, longtemps considérée comme le poumon de la Terre, est plus qu’un cadre de négociations; elle est la ligne de front d’une crise où les promesses d’une « transition juste » continuent de se heurter à des schémas d’exploitation persistants.

Alors que les gouvernements négocient les objectifs d’émissions et le financement de la lutte contre le changement climatique, les peuples autochtones lancent un avertissement clair: sans droits fonciers garantis, tous les objectifs en matière de climat restent fragiles.

Les chiffres derrière le récit

Les peuples autochtones gèrent environ un quart de la surface de la planète. Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (2022), la reconnaissance du régime foncier autochtone est l’un des moyens les plus efficaces et les plus équitables d’atténuer le changement climatique et de s’y adapter. Les forêts gérées par les autochtones en Amazonie stockent près d’un tiers du carbone du bassin, ce qui constitue un moyen de défense essentiel contre la hausse des températures mondiales(Walker et al., PNAS, 2020).

Malgré cela, plus de la moitié des terres autochtones et communautaires ne sont toujours pas reconnues légalement dans le monde (RRI, 2021). Ce manque de reconnaissance laisse des millions d’hectares exposés à l’empiètement des industries extractives, de l’agro-industrie et des projets d’énergie renouvelable à grande échelle menés sans consentement libre, préalable et éclairé (CLPI).

Cette réalité révèle un paradoxe frappant: ceux qui protègent les écosystèmes de la Terre sont les plus menacés par les solutions proposées pour faire face à la crise climatique.

Alors que les nations s’empressent de décarboniser leur économie, les territoires autochtones apparaissent comme les prochaines frontières de l’extraction. La demande de « minéraux de transition » – tels que le lithium, le nickel et le cobalt – est en forte hausse, plus de la moitié des réserves connues se trouvant sur des terres autochtones (Banque mondiale, 2022). L’Agence internationale de l’énergie (2023) prévoit que la demande mondiale de ces minéraux quadruplera d’ici 2040. Dans des régions telles que les Andes, l’Indonésie et les Philippines, de nouveaux projets miniers déclenchent des conflits fonciers et aggravent les divisions sociales.

De même, les projets d’énergie renouvelable promus sous la bannière de la « croissance verte » reproduisent les mêmes modèles d’extraction de l’ère des combustibles fossiles. La documentation de l’organisation Indigenous Peoples’ Rights International (IPRI) sur la criminalisation et les attaques contre les défenseurs autochtones fait état d’un nombre croissant de violations liées à de tels projets, qu’il s’agisse de sites géothermiques en Indonésie ou de projets hydroélectriques aux Philippines.

Si la transition énergétique mondiale continue de dépendre de la dépossession des peuples autochtones, elle ne sera pas juste. Elle ne fera que réinventer le colonialisme en termes verts.

Défendre les défenseurs

La crise climatique n’est pas seulement environnementale, elle est profondément humaine. En 2023, près de 80 % des assassinats de défenseurs de l’environnement ont eu lieu en Amérique latine, la plupart d’entre eux étant des autochtones (Global Witness, 2024). L’Amazonie reste la région la plus meurtrière pour ceux qui protègent les forêts et les rivières de l’exploitation forestière illégale, de l’exploitation minière et de l’expansion de l’agro-industrie.

Lors de la COP30, l’IPRI et ses alliés ont pour objectif de mettre les histoires de ces défenseurs au premier plan de la conversation mondiale sur le climat. Les femmes autochtones, les jeunes et les dirigeants communautaires feront pression sur les négociateurs pour qu’ils intègrent des mécanismes de protection des défenseurs de la terre et de l’environnement dans les politiques climatiques et énergétiques.

Les droits fonciers en tant que politique climatique

L’enjeu de Belém va au-delà de la reconnaissance; il s’agit de déterminer si la politique climatique mondiale peut enfin passer de l’extraction à l’équité. Les cadres internationaux, du Cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal au Programme de travail pour une transition juste de la CCNUCC, ont reconnu le rôle essentiel des peuples autochtones. Pourtant, ces engagements restent vains tant que le régime foncier, base de la gouvernance autochtone, n’est pas garanti.

Les faits sont sans équivoque: lorsque les territoires autochtones sont légalement protégés, la déforestation diminue, la biodiversité s’épanouit et les communautés renforcent leur résistance aux chocs climatiques. La reconnaissance des droits fonciers ne relève pas de la charité ou d’une inclusion symbolique; il s’agit d’une stratégie climatique fondée sur des données probantes et ancrée dans la justice et la durabilité.

Ce que la COP30 doit apporter

Alors que le monde a les yeux tournés vers Belém, les peuples autochtones et leurs alliés lancent un appel:

  • Reconnaissance juridique et protection des territoires autochtones, conformément à l’accord de Paris et au cadre mondial pour la biodiversité;
  • Des normes contraignantes en matière de consentement préalable, libre et éclairé (FPIC) pour tous les investissements dans le domaine du climat et de l’énergie;
  • Financement direct et flexible des initiatives de gouvernance, de conservation et d’adaptation menées par les autochtones;
  • Des mécanismes de protection institutionnalisés pour les défenseurs autochtones dans les cadres climatiques nationaux et mondiaux.

Le test moral de Belém

Les territoires autochtones protègent plus de la moitié de la biodiversité restante dans le monde. Ils régulent les cycles du carbone, soutiennent les systèmes d’eau douce et préservent les systèmes de connaissances qui offrent des voies pour la résilience climatique. Pourtant, les communautés autochtones continuent d’être confrontées à la criminalisation et au déplacement sous couvert de « développement », de « conservation » et de « solutions climatiques ».

Lors de la COP30, les peuples autochtones et leurs partenaires cherchent non seulement à dénoncer ces injustices, mais aussi à montrer à quoi ressemblent de véritables solutions : fondées sur les droits, le consentement et l’interdépendance entre les peuples et la nature.

Le résultat de Belém déterminera si le monde est prêt à affronter son passé colonial et à embrasser une transition véritablement juste – une transition qui valorise la protection plutôt que le profit et le partenariat plutôt que l’exploitation.

Pour les peuples autochtones, ce qui est en jeu, c’est le droit de vivre, de gouverner leurs terres et de participer sur un pied d’égalité à l’élaboration de la réponse mondiale à la crise climatique.

Pour le reste de l’humanité, ce qui est en jeu, c’est l’avenir d’une planète capable d’accueillir la vie.

Lorsque les terres indigènes disparaissent, les dernières lignes de défense contre l’effondrement du climat tombent avec elles.

Références :

  • Sixième rapport d’évaluation du GIEC, 2022
  • Rights and Resources Initiative (RRI), Les droits fonciers dans la crise climatique, 2021
  • Global Witness, Défendre les défenseurs, 2024
  • Évaluation mondiale de l’IPBES, 2019
  • Walker, W. et al, PNAS, 2020
  • Agence internationale de l’énergie (AIE), Critical Minerals Market Review, 2023
  • Banque mondiale, Minéraux pour l’action climatique, 2022
  • IPRI (2025), Base de données sur la criminalisation et les attaques contre les défenseurs autochtones

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