Indigenous Peoples Rights International (IPRI) condamne fermement la criminalisation et la violence dont sont victimes les peuples autochtones de l’Odisha, en Inde, sous couvert de conservation. Les membres de la communauté Ho Adivasi du village de Bakua, situé dans la réserve de tigres de Similipal (STR), ont fait l’objet d’attaques, visant en particulier les femmes autochtones. Les gardes forestiers seraient responsables d’une grande partie des violences. Selon des documents du Community Network Against Protected Areas (CNAPA), le 16 juin 2025, des femmes autochtones de Bakua ont été agressées par des gardes forestiers alors qu’elles transportaient des matériaux de couverture pour leurs maisons, dont elles avaient un besoin urgent avant la mousson. Elles ont été arrêtées injustement, injuriées avec des insultes sexistes, traînées, battues et leurs vêtements ont été déchirés. Lorsque les villageois ont protesté contre la violence et la construction non autorisée d’une barrière forestière – installée sans le consentement du Gram Sabha, en violation de la loi sur les droits forestiers (FRA) et de la loi sur les panchayats (extension aux zones répertoriées) (PESA) -, ils ont dû faire face à une répression accrue. La FRA et la PESA protègent les droits des communautés indigènes à la terre, aux ressources et à l’autonomie, y compris le droit de rejeter les projets de développement externes. Dans les jours qui ont suivi, les autorités forestières et policières ont empêché les journalistes et les défenseurs des droits de l’homme d’accéder à la région. Une campagne de diffamation a été lancée contre les villageois. Le 21 juin, un raid de minuit a tenté de procéder à des arrestations massives et à des expulsions forcées. La communauté de Bakua, qui compte environ 500 familles, vit désormais sous la menace et la peur constantes, confrontée à l’intimidation de l’État. Aujourd’hui, dans une escalade très alarmante, le département des forêts a engagé des poursuites pénales contre des membres de la communauté Bakua, y compris contre ceux qui ont dénoncé la violence. Ces affaires portent sur des violations de propriété, des agressions contre des fonctionnaires, des « mouvements de masse illégaux pour des activités criminelles » et la destruction de biens publics. Ces cas violent les droits des peuples autochtones à la terre, au rassemblement pacifique et à la liberté d’expression, et représentent des actes clairs de discrimination de la part de l’État. Il ne s’agit pas d’un cas isolé. Depuis 1988, de nombreux villages autochtones – dont Kabataghai, Jamunagarh, Jenabil, Bakua, Khajuri, Upper Barhakamuda et Bahaghar – ont été déplacés de force pour des projets de conservation et d’écotourisme. Les communautés touchées comprennent les Ho, les Kol, les Santal, les Bhumij et les groupes tribaux particulièrement vulnérables (PVTG), tels que les Kharia et les Mankirdia. Ces groupes dépendent des produits forestiers non ligneux pour leur subsistance. Le 24 avril 2025, le gouvernement d’Odisha a déclaré la réserve de tigres de Similipal, d’une superficie de 845 km², parc national. La réserve de biosphère de Similipal couvre 4 374 km², y compris une zone tampon de 2 129 km² classée comme sanctuaire de la vie sauvage. Malgré les protections prévues par la loi sur les droits forestiers (2006), la loi PESA (1996) et les normes internationales en matière de droits de l’homme, ces communautés sont victimes de harcèlement, se voient refuser l’accès aux sites sacrés et sont dépossédées de leurs terres ancestrales. La plupart des relocalisations sont effectuées sans consentement préalable, libre et éclairé (FPIC), en violation flagrante du droit indien et international. Les déplacements ont entraîné l’effondrement des moyens de subsistance traditionnels, la faim et l’aggravation des conditions sanitaires. Certaines familles déplacées ont été rayées des listes électorales et se sont vu refuser des services essentiels. Les témoignages des femmes autochtones font état de menaces, de violences sexuelles et d’une peur constante. L’IPRI exhorte tous les gouvernements à veiller à ce que les efforts de conservation respectent les droits des peuples autochtones au lieu de les violer. Des décennies de preuves affirment que la conservation menée par les autochtones est plus efficace, plus équitable et plus durable. En revanche, les approches militarisées et excluantes alimentent la violence systémique et aggravent l’injustice. Une véritable conservation ne peut réussir sans le leadership autochtone, les droits fonciers et le consentement libre, préalable et éclairé. Plus encore : ces expulsions forcées violent les lois de l’Inde et ses obligations internationales au titre de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) – en particulier la recommandation générale n° 39 – et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP). Ces graves préoccupations font écho à celles exprimées par le Comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD) dans sa lettre d’alerte et d’action urgente adressée à l’Inde en mai 2025, qui soulignait l’utilisation de la conservation pour justifier les violations commises à l’encontre des peuples autochtones. Nous appelons le gouvernement indien et les autorités de l’État d’Odisha à Abandonner immédiatement toutes les poursuites pénales contre les membres de la communauté Bakua ; Arrêter immédiatement toutes les descentes et les campagnes de diffamation contre les communautés Adivasi ; Enquêter et punir tous les actes de violence commis par les fonctionnaires de l’État et les gardes forestiers, en particulier ceux commis contre les femmes autochtones ; Reconnaître et protéger les droits fonciers des autochtones, y compris les sites sacrés et spirituels ; Accorder des réparations complètes aux femmes et aux communautés touchées ; appliquer correctement la loi sur les droits forestiers et la loi PESA ; mettre fin à toutes les réinstallations et expulsions forcées ; établir un véritable dialogue avec les populations autochtones afin de garantir que les activités de conservation respectent leurs droits, leur autonomie et leurs moyens de subsistance, et reconnaître leur rôle de longue date en tant que gardiens de leurs terres, de leurs territoires et de leurs ressources.
