L’impunité persistante dans les attaques contre les peuples autochtones

«La violence contre les peuples autochtones est une tendance mondiale»,a résumé Victoria Tauli-Corpuz,ancienne Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones et cofondatrice de l’IPRI,lors de la présentation des rapports annuels de l’IPRI sur la criminalisation des peuples autochtones.
Sandra Creamer,femme autochtone Waanyi/Kalkadoon d’Australie,activiste reconnue et présidente du Conseil mondial d’administration de l’IPRI,a souligné lors de la présentation de l’événement le rôle de gardiens de la Terre des peuples autochtones,pour lequel ils sont criminalisés.
Le rapport annuel sur la criminalisation rassemble des cas et des informations provenant de six pays prioritaires présentant les taux les plus élevés de criminalisation et de violence contre les peuples autochtones dans le monde:la Colombie,le Brésil,le Mexique,l’Inde,les Philippines et la République démocratique du Congo.
Au cours du processus de recherche,l’IPRI a été confronté à des défis en matière de documentation,notamment en raison du manque de données officielles au niveau des pays,de la faible désagrégation des données par origine ethnique dans les informations sur les défenseurs des droits humains,et du fait que les attaques ne sont pas toujours relayées par les médias en raison de contraintes géographiques ou de l’absence de liberté de la presse.
Les informations recueillies ont montré que les assassinats et la criminalisation s’accompagnent d’autres violations des droits humains;que de nombreux cas sont justifiés au nom de lois sur la sécurité et l’antiterrorisme;que la militarisation des territoires autochtones accroît les violations des droits humains;et qu’il existe un manque de volonté politique pour traiter les questions impliquant des groupes armés.
Joyce Godio,coordinatrice mondiale de la recherche de l’IPRI,a souligné que les discours de haine,la diffamation et les campagnes de dénigrement sont liés aux violations des droits humains;que la violence et les attaques s’étendent au collectif(communautés ou organisations);et que les dirigeants autochtones sont ciblés comme moyen d’attaquer et d’affaiblir les structures de gouvernance des peuples autochtones.
Le cas de la Colombie illustre nombre de ces tendances.Là-bas,le non-respect des accords de paix a accru la violence contre les peuples autochtones;cela affaiblit leurs structures organisationnelles et réduit leur autonomie et leur capacité collective à défendre les droits humains.«La violence reste dans l’impunité»,a déclaré Leonor Zalabata,coordinatrice de l’IPRI en Colombie.Elle considère qu’il existe un projet de l’État visant à affaiblir les peuples autochtones.
Mary Lawlor,Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les défenseurs des droits humains,a convenu qu’en Colombie,les cas de responsabilité pour les violations contre les peuples autochtones sont très rares.«Les assassinats sont les attaques les plus graves mais ne représentent que la partie émergée de l’iceberg»,a-t-elle indiqué.Le nouveau gouvernement,a insisté Mme Lawlor,a l’obligation d’inverser le cycle d’impunité et d’attaques.
Le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones,Francisco Cali-Tzay,a évoqué les communications qu’il a adressées au gouvernement colombien concernant les attaques contre les peuples autochtones et l’usage excessif de la force à leur encontre.Après les accords de paix,a-t-il indiqué,des dizaines de dirigeants autochtones ont été assassinés.M.Cali-Tzay a souligné la nécessité pour l’État de garantir un environnement sûr pour les peuples autochtones et de s’attaquer aux causes profondes de la violence.
Mme Leonor Zalabata a estimé qu’avec le nouveau gouvernement,la Colombie dispose désormais d’une certaine marge de manœuvre:«Les politiques du nouveau président sont fondées sur la paix,la justice sociale et la justice environnementale». Mme Victoria Tauli-Corpuz a rappelé l’obligation des États de protéger les peuples autochtones ainsi que le devoir de diligence que les acteurs économiques doivent exercer afin de prévenir les impacts potentiels sur les droits humains dans les territoires autochtones.Les bailleurs de fonds doivent également veiller à contribuer à réduire les situations de criminalisation.«Il devrait y avoir une tolérance zéro face à la criminalisation et aux assassinats des défenseurs des droits des peuples autochtones»,a-t-elle déclaré.«La société civile devrait davantage parler des cas de criminalisation et exiger des États qu’ils respectent leurs obligations en matière de droits humains».

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