23 janvier 2023
Indigenous Peoples Rights International (IPRI) est préoccupée par le harcèlement et les pressions indues exercées contre le peuple Rarámuri de Bosques de San Elías Repechique. Elle appelle les autorités étatiques concernées à respecter le droit des communautés autochtones de décider librement de leur territoire et du devenir de leurs ressources.
Depuis plus de neuf ans, le peuple Rarámuri de Bosques de San Elías Repechique fait face aux intérêts de l’État et de particuliers cherchant à les déposséder de leur territoire ancestral. En 2014, cette communauté a remporté un procès contre la construction de l’aéroport régional de Barrancas del Cobre. La décision a reconnu leurs droits collectifs et ordonné une consultation — conformément aux normes internationales — en vue de la réparation intégrale des dommages.
Dans le cadre de l’exécution de cette décision, le gouvernement de l’État a créé en 2017 un fonds fiduciaire pour financer des projets au bénéfice collectif de Bosques de San Elías Repechique, par l’intermédiaire d’un comité technique. L’un de ces projets est l’atelier de couture Bowé Najativo (Restons sur le chemin), construit en 2020 avec les ressources de ce fonds. L’atelier est resté fermé pendant près de dix mois en raison de plaintes pour dépossession, vol et dommages environnementaux déposées par des métis de la localité de Creel, qui prétendent à tort être les propriétaires de ce territoire autochtone.
Récemment, des membres de la communauté ont présenté une série de projets fondés sur les règles de fonctionnement du fonds fiduciaire, notamment la construction d’une salle communautaire dans la localité de Repechique, l’amélioration des logements, l’achat de deux tracteurs ainsi que des intrants agricoles. Ces projets sont toujours en attente d’approbation par le comité technique.
En revanche, le comité technique a approuvé une dépense de 31 millions de pesos pour la réparation d’une route à l’aide de machines et la construction d’un centre commercial à Creel, Chihuahua. Ces projets ne correspondent pas aux besoins exprimés par la communauté et ne sont pas conformes à l’objectif du fonds fiduciaire de Bosques de San Elías Repechique, issu de leur lutte pour le droit de décider de leur territoire.
Des membres Rarámuri du comité technique ont dénoncé avoir subi des pressions de la part de fonctionnaires pour signer l’autorisation de ces projets, ce qu’ils ont fait sous protestation.
IPRI exprime sa préoccupation face à ces pressions et au détournement de ressources qui empêchent une réparation adéquate des dommages, ainsi qu’au manque de volonté des autorités de répondre aux besoins réels du peuple Rarámuri liés à l’exercice de ce fonds fiduciaire.
Nous rappelons que cette situation s’inscrit dans un contexte de violations systématiques des droits collectifs de la communauté de Bosques de San Elías Repechique, notamment en ce qui concerne la possession et la propriété de leur territoire ancestral, en violation de leurs droits à l’autonomie et à l’autodétermination reconnus par la Constitution mexicaine et par les engagements du Mexique en matière de droits humains, y compris la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.
Nous appelons la Commission étatique pour les peuples autochtones (COEPI), le gouvernement de l’État de Chihuahua et la gouverneure María Eugenia Campos Galván à :
Reconnaître pleinement le territoire ancestral du peuple Rarámuri de Bosques de San Elías Repechique.
Respecter et garantir l’exercice de leurs droits à l’autonomie et à l’autodétermination.
Mettre fin aux actes de dépossession, de harcèlement et de criminalisation des défenseurs Rarámuri. Garantir le respect des décisions de la communauté de Bosques de San Elías Repechique concernant l’exercice de leur fonds fiduciaire, dans le cadre d’une réparation adéquate des dommages. Répondre aux besoins de la communauté en matière de territoire, de santé, d’environnement, de sécurité et d’économie, tels qu’exprimés dans le Plan de développement Nátiga Busuré, issu du travail de 10 communautés autochtones avec le soutien de nos partenaires au Mexique, Consultoría Técnica Comunitaria A.C. (CONTEC), présenté au gouvernement de l’État en juillet 2022.
