L’IPRI rejette l’abus de force, la criminalisation et le recul des droits des peuples autochtones en Équateur

Indigenous Peoples Rights International (IPRI), une organisation autochtone internationale créée pour lutter contre la criminalisation et renforcer les droits des peuples autochtones, condamne fermement l’usage excessif de la force par l’État équatorien contre les manifestations convoquées par la Confédération des nationalités autochtones de l’Équateur (CONAIE), qui ont fait au moins trois morts, des dizaines de détenus et un nombre indéterminé de blessés. Elle exprime également sa profonde inquiétude face aux récentes initiatives et politiques de l’État qui portent atteinte aux droits collectifs des peuples et nationalités indigènes.

Les mobilisations qui ont débuté le 18 septembre et se sont achevées le 22 octobre ont été organisées en réponse à l’augmentation de près de 60 % du prix du diesel, une mesure qui a aggravé le coût de la vie et a particulièrement affecté les communautés indigènes qui se consacrent à la production agricole. Cependant, les manifestations expriment également un rejet plus large des projets pétroliers et miniers dans les zones limitrophes des territoires indigènes – y compris ceux des peuples indigènes en isolement volontaire (IPVI) – et d’une série d’initiatives législatives et de projets qui menacent les droits territoriaux et environnementaux, ainsi que l’autodétermination des peuples indigènes. La loi organique pour le renforcement des zones protégées, approuvée sans le consentement libre, préalable et éclairé des peuples et nationalités, est l’une d’entre elles.

L’approbation de cette loi viole en particulier les articles 19, 29 et 30 de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (UNDRIP) et plusieurs articles de la Constitution équatorienne, car elle porte atteinte au droit à la propriété et à la gestion collective des territoires, à l’autonomie et à l’autodétermination, et permet la militarisation de la conservation de l’environnement. Pour ces raisons, le 8 octobre 2025, huit mandats de l’ONU ont envoyé une communication officielle à l’État équatorien pour exprimer leur inquiétude quant aux implications de la loi et à ses effets sur les droits des peuples autochtones.

La réponse de l’État aux manifestations a été disproportionnée et viole les droits fondamentaux. Des raids militaires ont été menés dans les communautés indigènes, des gaz lacrymogènes ont été utilisés contre les personnes et les maisons, des armes à feu ont été utilisées, des arrestations arbitraires ont été effectuées, des poursuites judiciaires ont été engagées pour terrorisme, les médias indigènes et paysans ont été suspendus et des poursuites judiciaires et financières ont été engagées contre les dirigeants de la CONAIE et d’organisations alliées, telles que la Fundación Pachamama et les Yasunidos. Cette répression a entraîné la mort des membres de la communauté José Guamán, Efraín Fuerez et Rosa Paqui, ainsi que des dizaines de blessés et de personnes injustement détenues et accusées de terrorisme.

L’Instance permanente des Nations Unies sur les questions autochtones (UNPFII) a exprimé le 27 septembre sa préoccupation quant à la restriction des libertés dans le cadre de l’état d’urgence, rappelant que la Déclaration reconnaît les droits des peuples autochtones à la participation politique, à la liberté d’expression, d’association et de réunion (articles 5, 16 et 18), et exhortant l’État équatorien à garantir une procédure régulière, à mettre fin à la persécution et à ouvrir un véritable dialogue.

Compte tenu de la gravité de ces événements, l’IPRI :

  1. Exprime sa solidarité avec les peuples indigènes, les nationalités, les communautés et les communes de l’Équateur.
  2. Exige que les décès de José Guamán, Efraín Fuerez et Rosa Paqui fassent l’objet d’une enquête en bonne et due forme, que les responsables soient arrêtés et punis, et que des réparations culturellement appropriées soient accordées à leurs familles et à leurs communautés.
  3. Elle exige la libération immédiate de toutes les personnes détenues arbitrairement et la clôture des procédures pénales pour terrorisme à l’encontre des manifestants et des dirigeants indigènes.
  4. Condamne l’usage excessif de la force face à la protestation sociale et demande instamment à l’État équatorien de garantir les droits à la vie, à l’intégrité, à la liberté d’expression, de réunion et de protestation pacifique.
  5. rejette les initiatives et les cadres réglementaires régressifs, en particulier la loi organique pour le renforcement des zones protégées, en raison de leur impact sur les droits territoriaux des peuples autochtones, de l’absence de consentement libre, préalable et éclairé et de la présence militaire autorisée dans les zones de conservation.
  6. Alertes sur l’expansion des projets d’extraction, y compris les projets pétroliers à la frontière avec les territoires des peuples en isolement volontaire (PIAV), et l’augmentation de l’exploitation minière illégale, qui constituent une menace directe pour la survie physique et culturelle des peuples indigènes.
  7. Elle exhorte la communauté internationale – en particulier les mécanismes des Nations unies et le système interaméricain des droits de l’homme – à continuer de suivre de toute urgence la situation en Équateur et à soutenir les efforts déployés en faveur de la vérité, de la justice et de la réparation.

Le respect des droits collectifs des peuples autochtones est un principe fondamental pour les pays qui se disent démocratiques, en particulier dans le cas de l’Équateur, qui est constitutionnellement reconnu comme un État plurinational et multiculturel. L’État équatorien doit cesser la répression, garantir les droits fondamentaux et remplir les obligations internationales qui lui incombent en vertu de la Déclaration et de sa propre Constitution.

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