PHILIPPINES || Impunité et criminalisation de l’activisme aux Philippines: accusations fabriquées contre des défenseurs des droits humains des peuples autochtones

PHILIPPINES || Impunité et criminalisation de l’activisme aux Philippines: accusations fabriquées contre des défenseurs des droits humains des peuples autochtones

Le 12 juillet 2021, le tribunal régional de première instance de Tagum City, capitale de Davao del Norte — une province de la région de Davao sur l’île de Mindanao, au sud des Philippines — a rejeté les poursuites pénales engagées contre le défenseur des droits humains autochtones, Windel Bolinget.

Bolinget est le président de l’organisation autochtone locale Cordillera Peoples Alliance et le coordinateur de Katribu, une alliance nationale des peuples autochtones. Il est un défenseur des droits humains autochtones de longue date et est connu pour s’opposer aux projets miniers à grande échelle, aux méga-barrages et à d’autres projets qui menacent les droits fonciers des peuples autochtones dans la région administrative de la Cordillère (CAR), située au nord de l’île de Luzon, aux Philippines.

Le 6 août 2020, une affaire pénale a été engagée contre lui ainsi que contre dix autres personnes, dont trois femmes. Ils sont accusés d’être liés au meurtre d’un certain Garito Malibato en 2018.

Le 25 septembre 2020, le tribunal régional de première instance de Tagum City, capitale de Davao del Norte, a émis un mandat d’arrêt pour meurtre contre Bolinget et ses coaccusés (et al.). Ils n’ont eu connaissance des accusations qu’en décembre 2020.

Bolinget n’a jamais mis les pieds à Kapalong, dans la province de Davao del Norte, où le meurtre de Malibato aurait eu lieu. Par ailleurs, dans un reportage local de 2018, le frère de Garito, Datu (chef tribal) Delio Malibato, a identifié le groupe paramilitaire appelé Alamara comme étant responsable du meurtre de son frère. Datu Malibato a déclaré que les dirigeants du groupe sont connus sous les noms d’Ungging et Laris Masaloon.

Garito est le frère de Mintroso et de Delio Malibato, datu (chef tribal) du groupe autochtone Ata Manobo et dirigeants de Karadyawan, une organisation locale de peuples autochtones à Kapalong, dans la province de Davao del Norte. Les dirigeants et les membres de Karadyawan ont été politiquement stigmatisés et accusés d’être liés à la rébellion (« red-tagging ») par le gouvernement philippin et ses forces de sécurité. [1]

Avant d’être lié au meurtre de Garito, Bolinget avait déjà été vilipendé et qualifié de membre du groupe terroriste communiste, le Parti communiste des Philippines – Nouvelle Armée du peuple (CPP-NPA), et ce, même avant l’actuelle administration Duterte. À la suite de l’émission du mandat d’arrêt, il a constaté une surveillance accrue de son domicile. Le 10 décembre 2020, des tracts indiquant qu’il était membre du CPP-NPA ont été affichés dans la zone menant à sa maison. Au cours du même mois, les forces de sécurité de l’État ont harcelé son beau-père ainsi que son enfant aîné.

Les attaques contre Bolinget se sont intensifiées lorsque, le 15 janvier 2021, une récompense de 100 000 PHP (environ 2 000 USD) a été offerte par la police de la Cordillère pour toute information menant à son arrestation. Un ordre de tirer pour tuer (« shoot-to-kill ») a même été émis le 20 janvier 2021 par le chef de la police de la Cordillère, le brigadier général R’win Pagkalinawan, au cas où Bolinget résisterait à son arrestation.

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Avant l’affaire Bolinget, une autre défenseure des droits humains autochtones de la région de la Cordillère, Beatrice « Betty » Belen, a été accusée de possession illégale d’explosifs. Elle a été incarcérée pendant près de quatre mois avant que son affaire ne soit classée sans suite faute de preuves, le 12 février 2020.

Tôt le matin du 25 octobre 2020, une opération conjointe de la Police nationale philippine (PNP), du Groupe d’enquête et de détection criminelle (CIDG) et de la 503e brigade d’infanterie des Forces armées des Philippines (AFP) a exécuté des mandats de perquisition contre Belen et dix autres personnes à Lower et Western Uma, à Lubuagan, dans la province de Kalinga, au sein de la région administrative de la Cordillère, aux Philippines. Tous s’opposent ouvertement au projet géothermique de l’entreprise Chevron Energy, prévu sur leurs terres ancestrales.

Avant son arrestation, elle a été victime de harcèlement et d’intimidation de la part des forces de sécurité de l’État depuis 2015. Elle a été accusée d’avoir fourni un abri et hébergé des membres de l’organisation terroriste CPP-NPA. Son organisation, Innabuyog, a également été qualifiée d’organisation terroriste par l’armée.

Les affaires de Bolinget et de Belen se sont peut-être conclues par leur mise hors de cause, mais elles mettent en évidence l’impunité persistante dont jouissent les forces de sécurité de l’État ainsi que la criminalisation de l’activisme dans le pays. De nombreux cas d’accusations fabriquées de toutes pièces contre des défenseurs des droits humains s’éternisent pendant des années, ce qui peut avoir des répercussions importantes sur les victimes, leurs familles et leurs communautés.

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[1] Lire la suite: http://davaotoday.com/main/human-rights/kin-of-lumad-slain-in-kapalong-call-to-disband-paramilitary-anew/

[2] Karapatan Monitor. “Judicial harassment against human rights defenders”. Retrieved from: https://www.karapatan.org/files/Karapatan_2021%20monitor_Jan-Mar2021%20(WEB).pdf

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