Des gardiens transformés en intrus. La LDSF défend les communautés autochtones criminalisées pour avoir défendu leurs terres, leurs forêts et leur survie collective

Des gardiens transformés en intrus.

La LDSF défend les communautés autochtones criminalisées pour avoir défendu leurs terres, leurs forêts et leur survie collective

« Des gardiens ont été transformés en intrus. »

Pour les peuples autochtones Ogiek du Kenya, cette phrase reflète une réalité douloureuse. Après avoir obtenu un jugement historique devant la Cour africaine reconnaissant leurs droits ancestraux sur la forêt de Mau, les familles Ogiek continuent de faire face à des expulsions, des arrestations et la destruction de leurs habitations.

Sur tous les continents, des schémas similaires se dessinent.

Aux Philippines, la communauté autochtone Marihangin attend depuis plus de deux décennies la reconnaissance légale de son domaine ancestral, tout en faisant face à des menaces croissantes liées à des projets d’expansion touristique. Les dirigeants de la communauté font désormais l’objet de poursuites pénales après s’être opposés aux tentatives visant à les expulser de l’île.

Au Paraguay, les dirigeants Ayoreo qui défendent la forêt du Chaco sont poursuivis en justice après avoir réclamé une aide humanitaire équitable lors de la sécheresse et des incendies qui ont dévasté leur territoire. Leur criminalisation s’est intensifiée après qu’ils se sont opposés à la déforestation menaçant à la fois les communautés sédentaires et les communautés Ayoreo vivant en isolement volontaire.

Et en Colombie, le peuple Je’eruriwa a obtenu la reconnaissance constitutionnelle en tant que victimes de déplacement forcé après des décennies de dépossession, pour se heurter ensuite à de nouveaux blocages institutionnels et à la violence qui les empêchent d’accéder aux terres nécessaires à leur survie collective.

Ces cas ne sont pas isolés.

Au cours du premier trimestre 2026, le Fonds de défense juridique et de refuge (LDSF) a reçu 46 demandes émanant de défenseurs et de communautés autochtones d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine confrontés à la criminalisation, aux déplacements forcés, à la violence armée, au harcèlement judiciaire et aux impacts liés au climat alors qu’ils défendaient leurs terres et leurs droits collectifs.

Parmi celles-ci, seuls 16 cas ont pu bénéficier d’un soutien direct, touchant directement 13 363 bénéficiaires autochtones, dont 7 265 femmes défenseuses et membres de communautés et 6 098 hommes issus de 14 peuples autochtones répartis dans 8 pays : le Kenya, la Tanzanie, le Cameroun, la République démocratique du Congo, la Malaisie, le Cambodge, les Philippines et la Colombie.

Un nombre croissant de ces attaques est lié aux industries extractives, aux initiatives de conservation, à la militarisation et aux projets de transition énergétique imposés sans respecter les droits des peuples autochtones et le consentement libre, préalable et éclairé (CLPE).

Les tendances régionales observées sur le terrain révèlent comment la criminalisation s’adapte aux différents contextes politiques et économiques :

  • En Asie, la législation sur la conservation, l’expansion des infrastructures et les mécanismes juridiques soutenus par l’État sont de plus en plus utilisés pour criminaliser l’occupation des terres ancestrales et affaiblir la résistance autochtone.
  • En Afrique, les défenseurs autochtones qui s’opposent à l’accaparement des terres, aux projets d’extraction et aux expulsions forcées sont confrontés à du harcèlement judiciaire, à la surveillance et à des menaces directes, tandis que la violence armée et les déplacements continuent de dévaster les communautés autochtones dans les zones touchées par les conflits.
  • En Amérique latine, les défenseurs sont confrontés à une escalade de la violence armée, à des tentatives d’assassinat, au recrutement forcé par des groupes armés et à des persécutions liées à la défense territoriale et aux efforts de lutte contre la corruption dans des régions où la protection de l’État reste largement absente.

Les femmes défenseurs continuent de faire face à des risques particulièrement graves. Plusieurs cas soutenus ce trimestre concernaient des femmes leaders autochtones soumises à des menaces, au harcèlement sexuel, à la criminalisation et à la violence sexiste alors qu’elles défendaient les droits fonciers, accompagnaient des survivantes de violences sexistes et soutenaient des réseaux de protection communautaire.

La portée du LDSF

Au-delà des interventions d’urgence, le soutien du LDSF a aidé les communautés à maintenir leurs processus de défense territoriale dans des conditions de pression extrême.

Pour la communauté Marihangin, ce soutien contribue à garantir que le harcèlement judiciaire et les procès SLAPP ne parviennent pas à forcer les familles à quitter leur île.

Pour le peuple Je’eruriwa, l’accompagnement a permis de soutenir l’action juridique exigeant la mise en œuvre de l’arrêt de la Cour constitutionnelle reconnaissant leurs droits.

Pour les dirigeants ayoreos au Paraguay, ce soutien a renforcé l’accès à une défense juridique spécialisée face à la persécution judiciaire en cours.

Alors que les pressions mondiales liées à l’extractivisme, à la conservation, à la militarisation et à la transition énergétique continuent de s’intensifier, un soutien durable reste essentiel pour garantir que les défenseurs et les communautés autochtones soient en mesure non seulement de survivre aux attaques, mais aussi de continuer à défendre leurs territoires, leur leadership et leur avenir.

Highlights

  • 46 demandes reçues en Asie, en Afrique et en Amérique latine au cours d’un trimestre.
  • 16 cas pris en charge.
  • 13 363 bénéficiaires autochtones directement touchés.
  • 7 265 femmes défenseuses et membres de communautés soutenues.
  • 9 des 16 cas soutenus concernaient la conservation, les industries extractives, la transition énergétique ou les impacts liés au climat.
  • Seules 36 % des demandes ont pu être soutenues.
  • Les cas comprenaient des persécutions judiciaires, des déplacements forcés, des tentatives d’assassinat et des attaques armées contre des communautés autochtones.

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