Les populations autochtones menacées: il faut mettre fin au massacre de la communauté pastorale Mbororo au Cameroun

L’organisation Indigenous Peoples Rights International (IPRI) condamne fermement le massacre brutal perpétré le 14 janvier 2026 contre la communauté autochtone pastorale Mbororo à Gidado, Ntumbaw, sous-division de Ndu, division de Donga-Mantung, dans la région du Nord-Ouest du Cameroun. Selon les informations reçues d’organisations autochtones et de sources communautaires, des groupes armés ambazonien ont mené une attaque violente qui a entraîné la mort de 14 autochtones, dont la majorité étaient des femmes et des enfants, y compris des bébés, des jeunes filles et des femmes enceintes. Plusieurs victimes ont été tuées pendant les prières du petit matin, notamment à l’intérieur d’une mosquée. Au moins sept personnes sont toujours hospitalisées pour des blessures graves.

L’IPRI demande instamment que des mesures de protection immédiates soient prises en faveur des peuples autochtones qui ont été attaqués et déplacés de force, afin d’éviter de nouvelles violences, de nouvelles pertes en vies humaines et des dommages irréversibles pour la communauté. Cette attaque s’inscrit dans le cadre d’un cycle de violence systématique et soutenu à l’encontre des communautés pastorales Mbororo de la région. Le Cameroun est en proie à un conflit armé entre l’État et des groupes séparatistes depuis plus de deux décennies. Les communautés autochtones Mbororo, déjà touchées par une discrimination systémique, une marginalisation économique et un isolement social, sont devenues les cibles récurrentes des groupes armés qui combattent l’État camerounais, qui les accusent de « s’aligner » sur les autorités gouvernementales. En conséquence, ces communautés sont confrontées à des vols de bétail constants, à des déplacements forcés de leurs terres et à des attaques meurtrières, tandis que l’État n’a pas réussi à garantir leur protection.

Avec ce massacre, le nombre de pasteurs Mbororo tués à Donga-Mantung, pour la plupart à Ndu, s’élève à au moins 126 depuis 2018. Des familles entières ont été prises pour cible au fil des ans, renforçant un climat de terreur, de punition collective et de déplacements forcés.

Les conséquences humanitaires sont dévastatrices. Les communautés ont été déplacées de force, leurs maisons détruites et leur bétail pillé, privant les familles de leur principale source de revenus. Les femmes et les enfants vivent dans des conditions extrêmement précaires et d’ , sans accès adéquat à la nourriture, à l’eau, à un abri, aux soins de santé ou à un soutien psychosocial. De nombreux enfants ont fui après avoir perdu un ou leurs deux parents. La situation sécuritaire continue de se détériorer, avec des menaces crédibles de nouvelles attaques, tandis que l’accès humanitaire reste fortement limité.

L’IPRI exprime ses plus sincères condoléances et sa solidarité indéfectible aux familles et aux communautés touchées. Nous sommes aux côtés du peuple pastoral Mbororo dans son deuil et dans sa demande de justice et de protection.

L’IPRI appelle de toute urgence l’État du Cameroun à remplir ses obligations en vertu du droit national et international relatif aux droits humains et à prendre des mesures immédiates pour :

  1. Mener une enquête indépendante, rapide et impartiale, avec toute la diligence requise, sur ce massacre et toutes les attaques précédentes, et veiller à ce que tous les auteurs et responsables soient traduits en justice.
  2. Garantir des réparations complètes et effectives aux familles et aux communautés touchées, y compris la restitution, l’indemnisation, la réhabilitation et des garanties de non-répétition.
  3. Mettre en œuvre des mesures de protection immédiates et efficaces pour les Mbororo pasteurs et les autres communautés autochtones en danger dans la région du Nord-Ouest.
  4. Reconnaître légalement les droits fonciers collectifs et les moyens de subsistance durables des éleveurs Mbororo et assurer la protection de leur territoire.
  5. Traiter sans délai la question des déplacements forcés, en veillant à ce que les peuples autochtones puissent retourner volontairement et en toute sécurité sur leurs terres dans des conditions de sécurité et de dignité, ou avoir accès à des solutions alternatives convenues avec les communautés.
  6. Assurer une aide humanitaire d’urgence, notamment des soins médicaux pour les blessés, de la nourriture, de l’eau, des abris et des services de santé de base pour les femmes et les enfants, ainsi que le rétablissement des moyens de subsistance, en permettant aux acteurs humanitaires d’accéder sans entrave et en toute sécurité à la région.

Il est du devoir de l’État de protéger le droit à la vie, à l’intégrité physique, à la sécurité et aux droits collectifs, à la survie et à la dignité des peuples autochtones. L’inaction et l’impunité persistantes ne feront qu’aggraver le cycle de violence et de déplacement.

L’IPRI se joint aux dirigeants et aux organisations autochtones du Cameroun pour appeler les autorités nationales, les organismes régionaux, les Nations unies, les missions diplomatiques et les donateurs internationaux à sensibiliser d’urgence à cette situation et à mobiliser une protection coordonnée et un soutien humanitaire.

  • Photographie: © Jordi Zaragozà Anglès (2020)
  • Photographie: © Angels Ferrer (2022)

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