Le rapport annuel 2021 réalisé sur le terrain par Indigenous Peoples Rights International montre une criminalisation persistante des peuples autochtones, aggravée par un manque de volonté politique de la part des gouvernements.

Le rapport annuel 2021 réalisé sur le terrain par Indigenous Peoples Rights International montre une criminalisation persistante des peuples autochtones, aggravée par un manque de volonté politique de la part des gouvernements.
L’aperçu de la recherche — qui sera présenté dans son intégralité dans les prochaines semaines — ainsi que des cas pertinents provenant de six pays prioritaires ont été présentés lors de l’événement «Criminalisation des peuples autochtones et évolutions en matière de droit et de jurisprudence», organisé dans le cadre de la 21e session du Forum permanent des Nations Unies sur les questions autochtones.
Les six pays ayant présenté des cas ont été choisis parce qu’ils figurent parmi ceux où le nombre de peuples autochtones attaqués et tués est le plus élevé au niveau mondial : le Brésil, la Colombie, la République démocratique du Congo, le Mexique, l’Inde et les Philippines.
La rédactrice générale de la recherche, Joyce Godio, a présenté les tendances contenues dans le rapport. La première concerne la relation entre les discours de haine et les campagnes de dénigrement — en ligne et hors ligne — et les attaques ainsi que les violations des droits humains à l’encontre des défenseurs et des peuples autochtones.
Deuxièmement, il est constaté que la violence et les attaques enregistrées s’étendent à la dimension collective : aux organisations, aux communautés et aux familles des personnes attaquées.
Troisièmement, pour l’organisation, il apparaît clairement que les dirigeants autochtones sont les principales cibles des attaques, dans le but de s’en prendre aux structures de gouvernance des communautés et des peuples et de les affaiblir.
Quatrièmement, il a été constaté que les assassinats de dirigeants autochtones sont généralement précédés de menaces visant à susciter la peur ou à délégitimer les efforts de plaidoyer.
Cinquièmement, le rapport révèle que les cas d’assassinats et de criminalisation surviennent conjointement avec d’autres violations des droits humains, telles que les déplacements forcés, la torture, les disparitions forcées, entre autres.
Sixièmement, il souligne que de nombreuses violations des droits humains sont justifiées au titre de lois de sécurité ou de lutte contre le terrorisme, de sorte que les militants autochtones et les défenseurs des droits humains sont qualifiés de membres de groupes armés ou communistes, entre autres.
Un septième constat rapporté dans le rapport est que la militarisation des territoires autochtones accroît les cas de violations des droits humains, tandis que les agents de sécurité de l’État bénéficient de l’impunité.
Enfin, il avertit que — en particulier en Amérique latine — les gouvernements ne disposent pas de programmes ou d’actions spécifiques pour traiter les problèmes liés aux groupes armés, ce qui rend souvent les territoires autochtones dangereux et invivables.
Pour présenter les cas du Mexique, l’avocate yaqui Anabela Carlón a pris la parole. Elle a souligné que, malgré sa reconnaissance comme pays soutenant les instruments internationaux relatifs aux droits des peuples autochtones, le Mexique présente un niveau élevé de violence contre les peuples autochtones de la part de groupes de pouvoir économiques, politiques et criminels.
L’équipe de l’IPRI a identifié en 2021 16 cas de graves violations des droits humains à l’encontre des peuples autochtones, tels que des meurtres, des déplacements, des persécutions, des disparitions forcées et des vols de terres, ainsi que des violations du consentement libre, préalable et éclairé.
Carlón a présenté les cas d’Aldama, Chiapas ; Paso de la Reyna, Oaxaca ; Zitácuaro, Michoacán ; et Repechique, Chihuahua.
Windel Bolinget, un militant bien connu des Philippines et lui-même victime de criminalisation, a souligné que dans son pays, les peuples autochtones vivent principalement dans les montagnes riches en ressources, ce qui en fait une cible de l’extractivisme. En raison de la défense de leurs terres, les peuples autochtones sont persécutés, tandis que les lois favorisent les entreprises. Les violations constantes du consentement libre, préalable et éclairé entraînent des expropriations et des déplacements. Le gouvernement actuel mène une politique de contre-insurrection et de sécurité nationale qui criminalise la dissidence légitime et viole gravement les droits des peuples autochtones, y compris par des massacres.
Du côté brésilien, la défenseure autochtone Sonia Guajajara a souligné qu’à l’heure actuelle, il existe une forte tension et des discours de haine à l’encontre des peuples autochtones, promus par le président Bolsonaro. De plus, à l’approche des élections d’octobre, le gouvernement accélère l’adoption d’initiatives nuisibles aux peuples autochtones ; l’une d’elles est la légalisation de l’exploitation minière illégale sur les territoires autochtones. Cette activité est extrêmement néfaste pour les peuples autochtones, car elle ne se limite pas à la perte de leurs terres, mais s’accompagne également de meurtres perpétrés par les mineurs.
En Inde, un premier problème est l’absence de données officielles sur les décès d’Adivasis en prison ou en garde à vue, a indiqué Dilip Chakma. On observe une augmentation constante des violations des droits des peuples autochtones, en particulier dans les cas de criminalisation et de militarisation, où l’impunité prévaut. Il est important que les peuples autochtones aient accès au système judiciaire.
En République démocratique du Congo, des massacres dans plusieurs provinces et des arrestations arbitraires par des éco-gardes ont été enregistrés en 2021. Diel Mochiré, défenseur autochtone pygmée, a indiqué que la défense de leurs droits conduit à la criminalisation des peuples autochtones et que les engagements internationaux signés ne sont pas mis en œuvre. Pour cette raison, il a estimé nécessaire de mettre en place des mécanismes de suivi aux niveaux national et international.
La directrice exécutive de l’IPRI, Joan Carling, a ensuite informé que l’organisation lance un recueil de législation et de jurisprudence relatif aux droits des peuples autochtones aux niveaux international, régional et national, en tant qu’outil pouvant encourager et renforcer les actions des peuples autochtones pour faire progresser la réalisation de leurs droits en droit et dans la pratique. Ce recueil sera une publication régulière de l’IPRI.
L’universitaire, activiste et éleveur de rennes sami Lars-Ander Baer a indiqué que, dans le cas du peuple sami, le recueil reprend des décisions relatives aux concessions minières sans consentement libre, préalable et éclairé (CLPE), aux questions d’auto-identification, aux parcs éoliens et aux pêcheries, dans des jugements qui seront très utiles, et a appelé à un examen détaillé de la publication.
Samia Slimane, du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), a convenu que la criminalisation est l’une des principales violations des droits des peuples autochtones. Elle a souligné que le rôle des entreprises et leur responsabilité de respecter les droits humains sont également importants. Elle a aussi encouragé les peuples autochtones à utiliser les mécanismes des Nations Unies pour défendre leurs droits.
Victoria Tauli-Corpuz, cofondatrice de l’IPRI, a souligné que les cas concrets exposés montrent l’ampleur de la criminalisation des peuples autochtones et nous obligent à faire beaucoup plus pour y remédier. «Nous devons montrer au monde qu’il doit agir à ce sujet. Le racisme et la discrimination structurelle doivent être combattus à la racine», a-t-elle conclu.
