Les cicatrices deviennent mémoire. Militarisation des peuples autochtones au Mexique DÉCLARATION D’IPRI MEXIQUE Il est important pour nous, peuples autochtones du Mexique, de faire savoir que nous traversons une situation difficile de violence et d’impunité qui, avec le temps, s’accentue et se transforme en une spirale de désespoir. Face à ce phénomène, la militarisation de la sécurité publique est présentée comme un mal nécessaire, ce qui a suscité des débats dans l’opinion publique. Nous, les organisations ayant préparé cette déclaration, estimons qu’il est important d’élaborer un rapport comme contribution à ce débat.
Le phénomène de la militarisation au Mexique est une constante historique, avec différentes étapes et particularités qui répondent à des intérêts politiques et économiques variés selon les périodes. Ce processus est une plaie ouverte. Il est nécessaire de rendre compte de certains événements atroces, tels que la disparition forcée de Víctor Yodo aux mains de l’armée en 1978; les témoignages au Chiapas qui font état de l’intervention de hauts commandants de l’armée pour armer et entraîner des groupes paramilitaires dans les années 1990, responsables de disparitions forcées et d’homicides contre des communautés autochtones dans la zone nord du Chiapas; ainsi que l’exécution extrajudiciaire de Hidilberto Reyes García, âgé de 12 ans, alors que les forces armées menaient une opération pour arrêter le commandant de la police communautaire d’Ostula en 2015. Tous ces cas demeurent dans une impunité absolue.
Ce scénario constitue le point de départ des formes de militarisation que les peuples autochtones continuent de subir aujourd’hui. Réfléchir aux impacts dans le temps de ces événements permet de comprendre ce à quoi les peuples font référence lorsqu’ils parlent de plaies ouvertes, des blessures qui s’aggravent et deviennent des précédents pour de nouvelles violations des droits collectifs des peuples autochtones.
Face à cette situation, nous souhaitons aujourd’hui appeler à la solidarité internationale afin d’inviter le Mexique à élaborer des propositions allant dans les directions suivantes:
Réformer la Constitution afin de reconnaître les peuples autochtones comme sujets de droit public, garantissant leurs droits collectifs à l’autodétermination, à l’autonomie et à l’autogouvernement, ainsi que le maintien de leurs institutions et systèmes de justice et de sécurité, et leurs droits sur leurs terres, territoires et ressources naturelles, entre autres; conformément au droit international des droits humains, en particulier la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, ainsi que l’harmonisation des lois étatiques et municipales.
Conformément à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, l’État mexicain, par l’intermédiaire de la Présidence de la République, devrait ordonner à la SEDENA, à la SEMAR et à la GN de démilitariser les territoires autochtones.
Le gouvernement fédéral, en coordination avec les gouvernements des États et des municipalités et avec la participation large de la société civile, en particulier des peuples autochtones, devrait concevoir une stratégie globale de sécurité non militarisée pour contenir et faire face aux opérations des groupes du crime organisé et des groupes armés. Cela inclut également la promotion d’espaces de réflexion, de dialogue et de formation à la construction de la paix dans les communautés autochtones, en mettant l’accent sur la sécurité citoyenne, les droits humains et dans un cadre de pertinence culturelle, respectant les droits collectifs des peuples autochtones. 4. Dans les communautés autochtones où il existe une présence permanente ou temporaire des forces armées, des processus appropriés de consultation préalable, libre et informée doivent être mis en œuvre, dans lesquels le droit au consentement des communautés autochtones à décider de leurs territoires est priorisé. Ainsi, dans les communautés où il existe une manifestation publique de désaccord avec la présence militaire, le retrait de ces forces des communautés autochtones doit être ordonné. 5. Dans les communautés autochtones où la présence militaire est demandée, les autorités des trois niveaux de gouvernement doivent respecter le droit à l’autonomie des peuples autochtones, ainsi que les canaux, protocoles et procédures définis par chaque communauté, en respectant leurs institutions juridiques et leurs lois traditionnelles. 6. L’État mexicain doit garantir l’accès à la justice en établissant la vérité sur des faits tels que les massacres, les disparitions forcées et autres graves violations des droits humains dans lesquels la participation d’éléments des forces armées (Secrétariat de la Défense nationale, Secrétariat de la Marine et Garde nationale) a été signalée. Le système judiciaire doit engager des poursuites pénales contre les responsables.
Enfin, 9 ans après la disparition de 43 étudiants au Mexique, nous exigeons justice et des sanctions contre les responsables, en particulier les forces armées. Les cicatrices deviennent mémoire Télécharger.
