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Forum permanent des Nations Unies sur les questions autochtones (UNPFII). 23e session, point 5(d) : dialogue sur les droits de l’homme avec le Rapporteur spécial sur les droits des peuples autochtones et le Mécanisme d’experts sur les droits des peuples autochtones ; examen annuel des progrès dans la mise en œuvre de la Recommandation générale n° 39 (2022). Déclaration de Indigenous Peoples Rights International (IPRI) sur la Recommandation générale n° 39 du CEDAW.
Indigenous Peoples Rights International souhaite rendre visibles les revendications des femmes autochtones afin d’atteindre le « bien vivre » et l’éradication de toutes les formes multiples de violence auxquelles nous sommes confrontées au quotidien. À la suite de notre lutte et grâce à notre participation directe, la Recommandation générale n° 39 a été adoptée par le Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) en octobre 2022. Cette Recommandation traite spécifiquement des droits des femmes et des filles autochtones dans le cadre de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, en détaillant les obligations des États parties pour garantir et protéger leurs droits.
Les femmes et les filles autochtones continuent d’être victimes de l’abandon et du manque systématique d’intérêt de la part des États, qui ignorent nos besoins en matière de sécurité. Il n’existe pas de volonté politique pour faire face aux désavantages générés par la violence structurelle, qui s’accompagne d’impunité et de déni de justice face à la criminalisation continue, aux assassinats et aux multiples formes de violence et de discrimination à l’encontre des femmes et des filles autochtones. Notre droit à la vie et à l’intégrité n’est pas garanti lorsque nous défendons nos territoires ainsi que nos droits culturels et ancestraux. Au contraire, les États eux-mêmes répriment et criminalisent la protestation légitime, la défense et la résistance lorsque nos droits sont violés. Le nombre d’assassinats, de criminalisation, de harcèlement, de menaces et de violences contre les femmes autochtones leaders reste alarmant, comme nous l’avons documenté dans plusieurs régions du monde.
Dans ce contexte, l’IPRI considère la Recommandation générale n° 39 comme un outil important pour la défense et la protection des femmes et des filles autochtones. Nous avons mené plusieurs activités pour la promouvoir et la faire connaître. Ainsi, dans le cadre de la IIIe Marche internationale des femmes autochtones au Brésil, qui s’est tenue en septembre 2023, avec FIMI et ANMIGA, nous avons organisé des espaces de discussion et des ateliers de renforcement des capacités sur le contenu de la Recommandation générale n°39. Nous estimons qu’il est très important que les femmes autochtones, ainsi que les organisations autochtones dans leur ensemble, connaissent pleinement cette Recommandation et exigent des États sa mise en œuvre complète.
Compte tenu de ce qui précède, nous souhaitons formuler les recommandations suivantes : nous recommandons au UNPFII de maintenir le suivi des progrès dans la mise en œuvre effective de la Recommandation générale n° 39 et l’examen de la situation des femmes et des filles autochtones comme point permanent à l’ordre du jour. Nous demandons au UNPFII d’encourager les États à soumettre des informations sur les mesures concrètes adoptées pour sa mise en œuvre effective. Ces mesures devraient inclure des politiques et des ressources budgétaires pour soutenir des projets dirigés par des femmes autochtones, avec leur pleine participation, en faveur de leur sécurité économique et de leur autonomie dans le cadre d’économies durables, ainsi que des mécanismes concrets et mesurables pour prévenir la violence, garantissant notre droit à la vie et à vivre sans violence. Nous recommandons au UNPFII de demander aux agences des Nations Unies d’intégrer la Recommandation générale n° 39 dans leurs programmes et projets au niveau national, et de rendre compte au UNPFII des actions spécifiques menées à cet égard. Nous appelons les États et les autres acteurs à promouvoir la participation pleine et effective des femmes et des filles autochtones à l’élaboration et à la mise en œuvre des politiques publiques concernées, lesquelles doivent prendre en compte nos perspectives et nos savoirs traditionnels. La pleine mise en œuvre de la Recommandation générale n° 39 nécessite la reconnaissance pleine et effective des droits des peuples autochtones à l’autodétermination, à une consultation adéquate et au consentement préalable, libre et éclairé, avec la participation réelle des femmes autochtones. Nos pratiques et savoirs traditionnels, que nous transmettons de génération en génération, naissent de nos terres, territoires et ressources naturelles et y sont liés. Nous exigeons le respect de nos territoires et la fin de leur spoliation. Merci, Madame la Présidente.
