Philippines : après près de huit ans de détention arbitraire, Rocky Torres et Avelardo « Dandoy » Avellaneda, deux membres de la communauté autochtone Dumagat, ont enfin été libérés ; l’IPRI exige que les responsables rendent des comptes
- Cette affaire met en lumière le recours au « red-tagging », aux accusations forgées de toutes pièces et à la détention prolongée à l’encontre des peuples autochtones aux Philippines.
- Cette affaire a été intégrée à la Campagne mondiale de l’IPRI sur l’incarcération des peuples autochtones, soutenue par 178 signataires, dont 29 organisations et réseaux de défense des droits des peuples autochtones et des droits humains à travers le monde.
14 mai 2026. Indigenous Peoples Rights International (IPRI) se félicite de la libération des agriculteurs autochtones dumagats Rocky Torres, 32 ans, et Avelardo « Dandoy » Avellaneda, 54 ans, le 9 mai 2026, après près de huit ans de détention arbitraire aux Philippines.
Leur libération apporte un soulagement tant attendu à leurs familles et à leur communauté, mais met également en lumière la grave injustice qu’ils ont subie, notamment l’arrestation arbitraire, la torture, les accusations forgées de toutes pièces et des années d’emprisonnement fondées sur des preuves fragiles et peu fiables. Le tribunal régional de première instance de la province de Quezon a statué le 30 avril 2026 que l’accusation n’avait pas réussi à établir la culpabilité au-delà de tout doute raisonnable en raison de témoignages contradictoires et de preuves insuffisantes.
Rocky et Dandoy ont été arrêtés en mai 2018 par des membres des Forces armées des Philippines (AFP) après être rentrés d’élections locales. Ils ont été faussement accusés d’implication dans le meurtre d’un officier militaire lors d’affrontements entre l’AFP et la Nouvelle Armée populaire (NPA), un groupe rebelle armé, et inculpés de meurtre et de possession illégale d’armes à feu et d’explosifs.
Les deux hommes ont déclaré avoir été battus, torturés et contraints de faire de faux aveux. Ils ont été détenus loin de leur communauté tandis que les audiences ont été reportées à plusieurs reprises pendant des années.
Leur cas reflète des tendances plus générales documentées par l’IPRI et ses organisations partenaires, notamment le « red-tagging » (accusation d’être communiste ou de soutenir le parti communiste et son groupe armé), la militarisation, les accusations criminelles fabriquées de toutes pièces et la détention prolongée visant les peuples autochtones et les défenseurs communautaires. Les communautés autochtones qui défendent leurs terres et leurs droits sont souvent qualifiées de menaces pour la sécurité, ce qui les expose à la surveillance, au harcèlement, aux arrestations arbitraires et à la violence.
L’emprisonnement de Rocky et Dandoy n’est pas un cas isolé. Il reflète la criminalisation croissante des peuples autochtones, en particulier dans les zones ciblées par l’exploitation minière, la construction de barrages, la militarisation et d’autres projets à grande échelle. Leur détention a également eu de graves répercussions sur leurs familles et leur communauté, notamment la peur, la stigmatisation, les difficultés économiques et un traumatisme collectif. Les organisations autochtones locales et nationales aux Philippines mènent des campagnes contre le « red-tagging » (étiquetage rouge) et la criminalisation systémiques des peuples autochtones, notamment dans le cas de Rocky et Dandoy.
Cette affaire a été mise en lumière dans le cadre de la Campagne mondiale de l’IPRI sur l’incarcération des peuples autochtones, en coordination avec ses organisations partenaires, notamment par le biais d’une lettre de solidarité internationale adressée aux autorités philippines et signée par 178 signataires du monde entier, ainsi que par le soutien apporté à leur défense et à leurs familles via le Fonds de défense juridique et de refuge (LDSF).
Si leur libération constitue une avancée importante, elle n’efface pas pour autant les violations des droits humains dont ils ont été victimes.
L’IPRI appelle les autorités philippines à :
- Enquêter sur la détention arbitraire, la torture et les accusations forgées de toutes pièces portées contre Rocky et Dandoy.
- De traduire en justice les responsables de leur arrestation et de leurs poursuites illégales.
- De leur accorder, ainsi qu’à leurs familles et à leur communauté, des réparations.
- Mettre fin au « red-tagging » et à la militarisation visant les peuples autochtones.
- Garantir le plein respect des droits collectifs et de l’autodétermination des peuples autochtones.
L’IPRI réaffirme sa solidarité avec le peuple Dumagat et tous les peuples autochtones confrontés à la criminalisation et à l’emprisonnement pour avoir défendu leurs droits, leurs terres et leurs territoires.
